[ITW] Malik Djoudi impose son style

  • Sarah
  • Pop Culture
  • 21/03/2019
© Nais Bessaih

Il est de ces hommes que l’on apprécie dès la première rencontre. Malik Djoudi, poète comme il s’en fait peu, faisait déjà parler de lui avec Un, premier disque paru en 2017. Aujourd'hui, le chanteur est de retour avec un deuxième album, Tempéraments, toujours armé de sa romance électro-pop cotonneuse et bougrement efficace, rapportant ses passions et tourments avec une légèreté arachnéenne. C'est simple, les morceaux de Malik Djoudi donnent envie de tomber amoureux. La réponse est non, vous n'avez pas fini d'entendre parler de lui.


On t’a connu avec le tube génial "Sous Garantie" en 2017, il s’est passé quoi depuis ?

Ce qui est fou, c’est que juste avant ce morceau je voulais arrêter la musique, je cherchais quoi faire... Et j’ai fait un voyage au Vietnam qui m'a rempli de confiance en moi et m'a permis de composer les prémices de mon premier album. Je l’ai proposé à La Souterraine, qui a mis "Sous Garantie" sur une compil'. Depuis j’ai fait une tournée, je suis rentré chez Cinq7, mon label actuel, j’ai enregistré un deuxième album avec Ash Workman (Metronomy), et j’ai même rencontré Etienne Daho avec qui j'ai enregistré un duo. Aujourd’hui c'est simple, je suis rempli de bonheur.


Tu as commencé comment la musique ?

Quand j'avais 10 ans, il y avait un piano chez mes parents et j’essayais de faire des accords. Étant autodidacte, j’ai fait ma première chanson à 12 ans sans jamais apprendre la musique, grâce à ma mère qui me poussait beaucoup à chanter. Mais arrivé au collège les cours de solfège me faisaient pleurer, ça me semblait tellement absurde de faire des maths avec la musique !


Mais tu as fini par prendre des cours, bien plus tard ?

Oui, à 18 ans je suis parti en école de musique à Paris, et très rapidement je me suis retrouvé à écrire des musiques pour des producteurs de télévision et de cinéma. J'ai rapidement gagné ma vie avec la musique, alors j’ai pu acheter un home studio et commencer à faire des arrangements, puis chanter dans des spectacles de danse grâce auxquels je parcourais le monde. Sauf qu'au bout d’un moment j’en ai eu marre d’être en groupe alors j’ai décidé de faire ma musique tout seul.


Ça ne te manque pas d’être entouré, notamment en tournée ?

En tournée je suis toujours avec un pote à moi qui fait de la basse ou du synthé, et sinon on reste très entouré donc ça va. En fait je ne suis jamais seul sauf en studio. Mais il y a des avantages, ça me permet de pouvoir arriver en retard (rires).


À quel moment tu as su que c’était ça que tu voulais faire de ta vie ?

Sincèrement, depuis le plus jeune âge. À 6 ans j’ai vu une vidéo de Michael Jackson qui chantait, ça m’a donné les larmes aux yeux et j’ai dit « Maman, je veux faire ça ! ». Depuis ça ne m’a jamais quitté, j’ai toujours eu cette envie. J’ai l’impression parfois d’être un boxeur là-dessus, même si tu prends des coups il faut savoir se relever.


Du coup, tu vis toujours à Poitiers ?

Non, je suis à Paris depuis 6 mois. Dans le 18e, le meilleur quartier.


Ton album s’intitule Tempéraments au pluriel, et la première chanson, "Tempérament" au singulier...

"Tempérament", c’est la première chanson de l’album que j’ai composée. C’est ce morceau qui a donné la base de tout le reste. Et Tempéraments, ce sont plusieurs facettes de moi-même, raison pour laquelle l'album est au pluriel. J’ai l’impression d’avoir plusieurs tempéraments, plusieurs humeurs.


On sent des influences hyper variées et des arrangements très travaillés. C'est très clean. Tempéraments, c’est l’album de la maturité ?

J’aurais du mal à me dire ça. Quand je fais les choses, j’ai envie d’être un débutant face à tout ça. Au début je ne pensais pas réussir à vendre des disques avec le premier album, et le fait de réussir m'a ensuite donné plus de confiance en moi. Je me sens peut-être plus mûr, mais l’album de la maturité, non, ce sera dans 20 ans.


Ou pour le prochain album peut-être... Tu as bossé combien de temps dessus ?

Un an et demi je crois, c’était speed, pendant les tournées, je composais les lundis, mardis et mercredis, et après je partais aux quatre coins de la France. Mais j’ai tellement aimé le faire ! J’étais avec moi-même, c’était prenant, et ça me manque.


J'ai appris que tu étais allé en Angleterre pour le produire, pourquoi ça ? Tu cherches à retrouver des influences anglo-saxonnes ?

En fait j'adore tellement le son de Metronomy que je me suis renseigné sur la personne qui mixe leurs morceaux, et il se trouve que c’est Ash Workman. Il travaille chez lui, à Margate, dans le sud de l’Angleterre, près de la mer. Alors j'y suis allé !


Tu l’aurais suivi à l’autre bout du monde s’il avait fallu ?

Bien sûr ! C’est une telle chance qu’il ait accepté de le faire.


Dans "Autrement", on ressent une nostalgie du temps révolu, présente dans pas mal d’autres morceaux également…

Le temps qui passe ne me fait pas peur, je vis au jour le jour. Mais ce qui est marrant c’est que quelque part j’ai l’impression de ne pas avoir grandi depuis que j’ai 14 ans. Et les paroles de cette chanson « Me sentir autrement / Comme quand j’avais 20 ans », ça veut dire prendre les choses comme elles sont et me sentir plus léger, en amour surtout.


En parlant d’amour, on ne peut pas s’empêcher de remarquer que c’est aussi un thème qui t’inspire énormément. T’y crois au grand amour ?

Grave. Mais je crois que dans une vie on peut vivre plusieurs grands amours. Pas en même temps bien sûr (rires).


J’ai l’impression qu’il y a deux faces A et B, c’est voulu ? Tempéraments, c’est un album pensé pour être écouté sur vinyle ?

Inconsciemment, oui. J’ai fait des morceaux, et quand j’ai eu fini les 12, je me suis dit ok, faisons une face de 6 morceaux et une autre de 6 morceaux. Heureusement qu’il existe encore des vinyles pour qu’on puisse le faire.


C’est quoi le problème avec le mois d’août ?

Ça me saoule ! Tu ne peux pas aller à la plage parce qu’il y a trop de monde, tout est en stand-by, la vie s’arrête pendant tout un mois. Ça m’arrive de bosser pendant le mois d’août et d’être le seul, quelle déprime.


Ton nouvel album, c’est aussi la belle surprise qu’est "À tes côtés", en duo avec Etienne Daho. Signer un duo avec lui, c’est une consécration ? Tu as le sentiment de pouvoir mourir tranquille ?

Pas encore, mais c’est une belle chance ! Quand je suis devenu ami avec Etienne, il m’a dit qu’il aimerait bien qu’on travaille ensemble. Moi j’avais déjà cette chanson en tête, et je me suis dit qu’il conviendrait parfaitement. On s’est ensuite retrouvés dans un train pour Arles ensemble avant un concert, et le soir même il m'a invité à chanter "Sous Garantie" avec lui sur scène. C’était incroyable, et on y a pris tellement de plaisir qu’on a décidé d’enregistrer un duo ensemble. En plus il a été mixé par Philippe Zdar, avec qui je rêvais de bosser depuis des années, qui est un véritable magicien, un artiste. C’est un entourage rêvé.


Du coup si tu avais l’occasion de t’entourer de qui tu veux, le temps d’un concert, ce serait qui ?

J’aimerais bien faire un morceau avec Sebastien Tellier ou les Daft Punk. Et ce serait au Carnegie Hall, ou à l’O2 à Londres.


Tu écoutes quoi en ce moment ? Est-ce qu'il y a des artistes du moment qui te touchent particulièrement ?

J’écoute beaucoup Kokoroko et pas mal de Debussy. Question artistes actuels, c’est plutôt James Blake, King Krule et Connan Mockasin. Sinon j’ai bien aimé l’album de Flavien Berger et je trouve le hip-hop d’aujourd’hui hyper intéressant. Il y a un nouveau souffle en ce moment, on arrive à amener de la nouveauté dans un style de musique qui contient beaucoup de codes.


Le dernier concert qui t’a vraiment marqué ?

Connan Mockasin au Café de la Danse en novembre dernier.


Tu as des plaisirs coupables inavouables ?

Shay, Hamza, Britney Spears, et j’aime bien danser sur du Aya Nakamura en soirée…


Tes adresses préférées à Paris ?

J’aime bien manger au Verre Volé (10e) ou au Bon Georges (9e), et j’aime particulièrement mon café de quartier qui est Au Clair de Lune (18e).


Tempéraments
Sortie le 22 mars
Cinq7

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