Interview de Vincent Elbaz pour son prochain film

"Je compte sur vous", c'est l'histoire - vraie - d'un escroc, Gilbert Chikli, l'homme derrière un nouveau genre de braquage : téléphonique. Se faisant passer pour le président de sociétés, Gilbert a extorqué des centaines de millions d'euros à des enseignes comme Disneyland Paris, la Caisse d'Épargne ou les Galeries Lafayette. Vincent Elbaz s'est glissé dans la peau du personnage pour ce film signé Pascal Elbé.

Penses-tu avoir un rôle préféré dans ta carrière ?

J’ai deux rôles préférés, "Le Péril Jeune" et "Ni Pour Ni Contre". "Le Péril Jeune" m’a marqué au fer rouge. Une liberté de jeu, une créativité et une insouciance totale. L’autre film de Cédric est très sophistiqué, c’est un film que j’aime beaucoup. Au cinéma y'a un truc que j'adore en tant que spectateur et en tant qu'acteur, c'est le cinéma de sujet. Un personnage qu'on suit pendant tout un film, qui se construit, qui ne livre pas tous ses secrets et en même temps on a accès à son intimité quand même. Où l'on me raconte une bonne histoire.

Le théâtre t’intéresse toujours ? Quel rôle te passionnerait ?

Bien sûr ! Je veux en refaire. Ce n’est pas ce qu’on me propose le plus mais j’ai des projets de pièces que j’aimerais monter. J'aimerais toucher à Shakespeare un jour, ou à du Arthur Miller. Une adaptation très délicate, un peu réduite mais intimiste de "Hamlet", ça me plairait beaucoup. Je rêve de grands rôles au théâtre. 

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Il y a une certaine diversité dans tes rôles... Dove, les rôles de durs, les rôles "famille"... Gilbert ne réunit pas un peu tout ça ?

Il condense certaines choses oui. Pascal aime mélanger, passer d’une émotion à l’autre. Il aime la comédie italienne tragi-comique, ce cinéma des années 60 qui mélangeait les registres. La vie c’est ça, passer du drame aux rire. Ce film a cette qualité de faire rire, mais ensuite on paye ce rire émotionnellement. Il y a une grande place qui est faite à la victime, à la flic, à sa relation avec sa femme (Julie Gayet). En quelques séquences, Pascal arrive à apporter une richesse a cette dernière alors qu’elle n’apparaît que dans quelques scènes. 

Qu’est-ce qui t’a attiré vers ce rôle ?

Au départ quand Pascal me parle du personnage, c’est l’histoire d’un type avec un téléphone qui s’attaque aux banques et arrive à percer les défenses pour les détrousser. De l’extérieur, je trouvais ça intéressant. Il utilise une faille de manière très perverse. C’est excitant en tant qu’acteur de rentrer dans ce personnage. Il y a aussi une folie car il ne fait pas tant ça pour l’argent, dans le film on ne le voit jamais s’acheter une bagnole ou une belle montre, il s’en fout complètement. Il roule dans sa voiture pourrie avec son frère. À un moment il dit « je ne sais rien faire d’autre » mais derrière cette phrase il faut entendre « je n’ai pas envie de faire autre chose ». Ça lui plaît. J’avais jamais fait de personnage qui fonctionne ainsi.

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Comment tu t’es préparé à ce rôle-là ?

Je ne me suis pas préparé car Pascal m’a proposé le rôle quelques semaines avant le tournage, du coup j’ai eu le temps. J’ai fait confiance à mes instincts de jeu et à la direction de Pascal sur le plateau. J’ai rencontré Chikli pour essayer de me nourrir un peu également. C’est un personnage très pervers Gilbert, parce que quand il appelle les banques il se fait passer pour le président et utilise Al Qaida, c’est assez intéressant. Le hors-la-loi, l’escroc va trouver toutes les failles possibles pour tirer son parti.

Y’a de "L’Aventure c’est l’Aventure", en plus crapuleux.

Dans "L’Aventure c’est l’Aventure", Lelouch tire du romanesque et de l’humour de ses personnages qui dans la réalité sont des maîtres chanteurs, ce sont eux aussi des crapules. Puis il te fait jouer ça par Lino Ventura, Jacques Brel, Charlo, Aldo… Il choisit d’en rire. Le but de Pascal à partir du fait divers crapuleux c’est aussi de faire une comédie italienne. C’est pas un thriller, c’est pas un polar, c’est une comédie italienne très esthétisée. "Je compte sur vous" pourrait être le portrait d’un des personnages de "L’Aventure c’est l’Aventure".

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D’autres rôles t’intéressent dans l’industrie du cinéma ?

L’écriture m’intéresse. Pour l’instant je suis plus attaché à des projets qui me sont destinés. De là à écrire seul un film dans lequel j’aurais pas ma place, j’en suis pas encore à ce niveau-là. Mais c’est passionnant. C’est une grande liberté l’écriture, c’est un moment où on peut tout imaginer sans aucune limite. Après je retrouve ça sur le plateau, dès qu’on dit « action ». Il y a aussi une infinité de façons de jouer une scène. Il n’y a qu’une limite de temps.

Ta carrière est encore à faire ?

Je n'ai pas du tout exploré tout ce que je veux explorer dans mon métier d’acteur. Je commence à peine à me libérer.

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"Je compte sur vous" En salle le 30 décembre 2015

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