Entretien avec Didier Ah-Koon, dessinateur de Minions

Nous avons rencontré Didier Ah-Koon, qui sera samedi 11 juillet au MK2 Bibliothèque pour une séance de dédicaces et de caricatures. Il nous en dit plus sur son travail avec les Minions et sur le métier de story-boarder. Nous avons même eu le droit à un dessin spécial Bonbon !

Quelle équipe se cache derrière les Minions ?

Au niveau de la production à Illumination, Pierre Coffin avait déjà réalisé des pubs avec des animaux rigolos qui parlaient comme des Minions, il doublait des petits poussins jaunes. Quand il a bossé sur "Moi, Moche et Méchant", il a aidé à créer l’identité des Minions. Mais il y a aussi le chef artistique, Éric Guillon, qui a fait les designs, en fait c’est une combinaison de Pierre Coffin pour le côté comique et pour le visuel, Éric Guillon.

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Tu peux nous en dire plus sur le métier de story-boarder ?

J’interviens juste après le script. C’est l’étape qui coûte le moins cher pour que le producteur, l’équipe et les financiers visualisent le film et prennent des décisions. Ça coûte moins cher de réagir sur des dessins que de produire toute une séquence. C’est le premier découpage visuel du film, on peux prendre des décisions. On en montre même parfois à un public test pour qu’il réagisse déjà sur l’histoire.

Tu travailles avec les scénaristes ?

Les scénaristes délivrent une première version du script. On est ensuite une armée de story-boarders, 20, 30, et on refait toutes les séquences de nombreuses fois. On essaye beaucoup de choses, comme Charlie Chaplin qui essayait ses sketchs en interchangeant les rôles des personnages pour trouver la meilleure possibilité. En ce qui me concerne, j’ai apporté tellement d’idées sur les Minions qu’à la fin on m’apportait juste une ligne de script et on me laissait la liberté d’aller dans tout les sens, d’explorer. C’est plus intéressant d’aller loin et de couper que de se brider au départ.

Quand tu dessines des animaux, tu connais en général la caractérisation du personnage. Quelle est celle des Minions ?

Je les vois comme des sales gamins prêts à faire n’importe quelle bétise. Ils ont une identité assez forte, ils sont crétins, méchants, ils se font des sales coups ensemble. S’ils sont sur une plage en train de jouer au ballon, j’essaie d’imaginer ce qu’ils pourraient faire. Mais comme ils sont déjà bien caractérisés, ça vient facilement. Le but c’est de provoquer l’émotion et de surprendre.

La bande-dessinée des Minions, c'est encore une autre histoire dans cet univers ?

C’est un spin off. Que font les Minions au quotidien dans leur laboratoire ? Le challenge c’est de trouver un gag en une page, mais muet. Le succés des Minions repose beaucoup sur la façon dont ils bougent et parlent, il y a beaucoup de mouvement. Il fallait donc que les dessins soient très expressifs, et on a donc orienté l’album là-dessus. J’ai quand même fait une introduction et une conclusion. C’est un peu comme fait Quino, le dessinateur de Mafalda. J’ai essayé de retranscrire aussi ce qu’il faisait avec ses albums muets.

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Tu t’inspires beaucoup pour tes dessins ?

Je pense que quand on crée quelque chose, il faut aussi savoir se reposer sur ce qui a déjà été fait. Si on arrive à le retranscrire c’est tant mieux. Je m’inspire des choses qui m’ont fait rire. C’est difficile de réinventer la comédie. D’ailleurs dans les films d’animation, on retrouve souvent les mêmes gags, le challenge c’est d’emmener le truc un peu plus loin.

Et la réalisation t'intéresse ?

J’ai réalisé un court-métrage avec les Minions qui sortira sur le DVD du prochain film d’Illumination, "The Secret Life of Pets". J’ai donc passé deux-trois années de réalisation en parallèle de mon travail de story-boarder. J’ai beaucoup aimé l’expérience. Trouver les solutions, participer à l’écriture et à chaque étape de la production en donnant l’orientation pour que ce soit clair et lisible ! Mon objectif est de réaliser un long métrage d’animation.

Story-boarder, c’est trop limité ?

Souvent les story-boarders passent à la réalisation après, et c’est une très bonne expérience que d’avoir commencé par le story-board. On est déjà près des réalisateurs, on crée le découpage, on trouve des solutions, et c’est le travail de fond du réalisateur, trouver des solutions pour raconter son histoire.

Comment es-tu passé à la réalisation et quel challenge as-tu rencontré ?

J’ai proposé des idées de scénarios au producteur et il y en a une qu'il a adorée. Il m’a donc demandé de le réaliser. Le challenge, c’est d’atteindre tout le monde ! Le boulanger, ma cousine, ma grand-mère. Je pense qu’il faut s’élargir au maximum car c’est de l’entertainment, il faut faire rire le public. C’est difficile d’être accessible à tout le monde, mais si c’était aussi facile de faire du commercial, tout le monde serait riche ! On ne sais pas ce qui va plaire aux gens, les producteurs prennent toujours des risques. Si le spectateur paye, c’est pour que ça lui apporte quelque chose, ils ne prennent pas ce qu’on leur donne. D’ailleurs Robert McKee disait dans son livre qu’au cinéma le Q.I des gens augmente. Ils ont déjà vu tellement de choses, il faut les surprendre.

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Crédit photo : Didier & Bruni Maruani Crédit Dessin : Didier Ah-Koon

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