#backtothestreet cimente la photo à la rue

  • Louis
  • Pop Culture
  • 29/02/2016

En se baladant le nez au vent dans les rues de Paris, le promeneur observateur aura sûrement remarqué de petites plaques de verre cimentées aux murs. Chacune renferme une photographie, avec parfois dans le coin gauche ou droit du bas, cette inscription en lettres capitales : #BACKTOTHESTREET. Encore un street-artist activiste qui élit Paris et ses rues comme son terrain de jeu favori, vous dites-vous. Pas si sûr ; on a rencontré le bonhomme pour en savoir un peu plus et vous mettre dans le secret. 

Première rencontre

La première "plaque" que j'ai vue, c'était dans le 18e. J'étais en pleine distrib' avec Julie, on venait de se rejoindre pour aviser de la suite, il faisait froid et gris. Sur le mur juste derrière elle, je vois cette photo, collée semble-t-il, de taille similaire à celle des pierres qui le composent. Je me dis tout de suite que c'est trop cool d'intégrer de la sorte une photo dans le décor, et m'approche pour voir de plus près. « T'as vu ? Ah ouais c'est carrément cimenté, c'est cool comme idée. » Julie, elle, remarque immédiatement la photo même, une prise de vue sous un tunnel du périph', un puit de lumière éclairant les voitures qui tracent sur l'asphalte.

backtothestreets photo street art

« Woah ! elle est belle la photo ! » dit-elle avec dans la voix cette intonation enfantine et admirative qui lui va si bien. C'est vrai qu'elle est vraiment belle cette tof, mais moi c'est plutôt le procédé de collage qui m'interpelle. J'avais jamais vu un truc pareil dans la rue, je me demande qui fait ça. Plus tard dans la journée, j'en verrai d'autres dans le quartier, et en rentrant chez moi, vers Goncourt, encore d'autres, sur le croisement fatal des rues Bichat, Marie et Louise et Alibert (l'emplacement du Carillon et du Petit Cambodge) et jusque dans ma rue. C'est clair, il faut rencontrer ce type.

Rendez-vous au Cadran du Nord

Après avoir farfouillé vite fait sur le net grâce au hashtag-signature, j'envoie un message sur Twitter à l'intéressé. Il me répond très vite, et rendez-vous est pris en face de la gare du Nord, dans le café sus-cité.

backtothestreets photo street art

Je m'attends à tomber sur un jeune hipster tout content de lui, je me retrouve en face d'un type tout normal, la quarantaine bien entamée, un béret-casquette vissé sur la tête. Après m'être excusé pour mon retard, on entame la discussion autour de cafés allongés. J'avais préparé des questions et tout, mais le bonhomme est tellement loquace et enthousiaste que ça n'a vite plus eu de sens de les lui poser. On discute donc, tout simplement, et je prends des notes sur mon cahier rose.

Genèse

Léon (nom d'emprunt, j'avais aussi pensé à Edmond et Jean-Luc, mais Léon c'est bien, ça prête une image un peu dangereuse au personnage) a commencé son activité de "décorateur urbain" il y a un an et demi à peu près. A la base, Léon est photographe, une passion qu'il entretient et exerce depuis qu'il a 15 ans. Il parcourt les rues du monde entier pour immortaliser leurs habitants, à la recherche de couleurs, de visages, mais surtout d'authenticité : il faut que le cliché percute instantanément l'œil et touche au cœur.

backtothestreets photo street art

Le principe de "photo volée" a donc logiquement sa préférence, pour la "vérité" qu'il confronte, mais aussi pour la petite dose d'adrénaline qu'il apporte chaque fois. Cependant, il se met depuis peu au portrait et demande à ses modèles d'un jour de poser pour lui, comme ce fier et élégant monsieur devant la gare du Nord.

backtothestreets photo street art

C'est en voyant "Faites le mur !", le désormais culte film de Banksy, que notre ami a une révélation : pour diffuser son travail, le meilleur des médias, c'est la rue. Dans ses cartons, des tonnes de clichés n'attendent que ça ; il se dit que plutôt que de les entasser chez lui, il va les coller. Eurêka !

Des anecdotes et d'autres photos en page 2

© photos : #BACKTOTHESTREET