Les Colleuses mettent le feu à Cannes pour sensibiliser contre les féminicides

  • Lila D
  • News
  • Publié le 23 Mai 2022 à 12h10
Crédit photo : Instagram d'Elvire Duvelle-Charles.

Ce dimanche 22 mai 2022, à l'occasion de la projection du film Riposte féministe de Marie Perennès et Simon Depardon, le collectif Les Colleuses a investi le tapis rouge du festival de Cannes pour sensibiliser sur une problématique connue de tous : les féminicides.

Cannes, dimanche 22 mai 2022. Le Festival bat son plein depuis mardi dernier. Le défilé de tenues et célébrités ultra glamour, et les bruits de flash sont soudain interrompus par le grondement de la révolte. Les Colleuses (ndlr : le collectif féministe) ont occupé le tapis rouge du festival pour une action des plus remarquées (et remarquable). À l'occasion de la projection du film "Riposte Féministe" de Marie Perennès et Simon Depardon abordant la problématique des féminicides en France et mettant en lumière le travail des Colleuses. Le collectif a profité de l'occasion pour "coller" les noms des femmes tuées cette année. Elles ont déroulé une grande banderole où étaient inscrits les noms des 130 victimes d'uxoricide, puis Marie Perennès, la co-réalisatrice du film, a lu ces noms un à un, pour leur rendre hommage.

Une manifestation savamment orchestrée

En effet, la manifestation s'est déroulée dans le calme, et a été filmée par les caméras du monde entier, maintenant au courant qu'environ 130 femmes meurent tous les ans sous les coups de leurs conjoints, dans le pays des Droits de l'Homme. Toutes vêtues de noir, endeuillées, elles ont levé le poing une fois en haut des marches, puis ont tenu des fumigènes noirs pour marquer leur action. La totalité de l'action a été réalisée avec l'accord et la bénédiction de Thierry Frémaux, délégué général du festival de Cannes.

Le duo de réalisateurs.trices derrière le film

Marie Perennès et Simon Depardon (fils de Raymond Depardon) ont suivi le collectif Les Colleuses à travers toute la France afin de documenter leur combat. "Nous avons d’abord essayé d’expliquer qu’à travers ces collages, ces militantes souhaitent reprendre l’espace public car elles ont cette sensation qu’il ne leur appartient pas. Il y a ce parcours-là dans le film : le corps, l’espace et le problème systémique des féminicides, qui est à l’origine du mouvement des collages." a expliqué Marie Perennès aux journalistes du festival de Cannes.

Une action relayée sur les réseaux sociaux

En plus de l'action ultra médiatisée, certaines des militantes ont partagé des publications sur Instagram, marquant le coup encore une fois. On peut notamment lire sur la page d'Elvire Duvelle-Charles :


« 130 FÉMINICIDES DEPUIS LE DERNIER FESTIVAL DE CANNES

Lors de la montée des marches pour la projection du film RIPOSTE FÉMINISTE, nous, féministes, membres des collectifs de collages, protagonistes du film, avons réalisé une action pour honorer la mémoire des victimes de féminicides. Pour dénoncer l’indifférence générale et l’inaction de l’Etat, nous avons détourné les projecteurs du festival de Cannes pour faire honneur aux victimes de féminicides de l’année passée. Nous voulons qu’elles ne soient pas oubliées et que des mesures soient enfin prises pour mettre fin aux violences patriarcales.La France, pays des droit de l’Homme se fout éperduement de ceux des femmes : un viol toutes les 7 minutes, un féminicide tous les deux jours, 219 000 femmes victimes de violences conjugales chaque année. Ça ne peut plus durer. Meurtre par conjoint ou ex conjoint, assassinats transmisogynes, féminicides des travailleuses du sexe… Le décompte des féminicides est difficile à tenir tant certains sont passés sous silence. Silence auquel nous poussent aussi l’état, la police, la justice. Dans les commissariats où les refus de dépôt de plainte et les agressions sexistes sont encore largement répandus, dans les tribunaux où les victimes ne sont pas écoutées et crues, au gouvernement et au parlement où les hommes accusés de violences sexistes et sexuelles ne sont jamais inquiétés. Les violences sexistes et sexuelles sont systémiques et omniprésentes. Nous exigeons des mesures qui nous protègent. Pour endiguer les violences patriarcales les structures ont besoin de moyens.

Honorons les mortes, protégeons les vivantes. »

Fin des articles