Astrologie, spiritualité et éco-féminisme : les sorcières s'emparent de la Gaîté Lyrique

The Love Witch

Si votre journée est rythmée par l'application Co-Star, votre soirée par des lectures et recherches de rituels païens et nouveaux sorts à pratiquer, l'événement qui suit pourrait bien vous intéresser : le jeudi 19 mars, la Gaîté Lyrique accueille une conférence dédiée aux nouvelles spiritualités animée par le média Manifesto XXI. 

Intitulée "Nouvelles Spiritualités : Et si Dieu était une sorcière ?", cette conférence intervient dans le cadre du triptyque de discussions autour du thème de l’Attention, auquel la Gaîté Lyrique dédie sa saison 2019-2020. Au programme donc, une invitation à l'introspection à travers plusieurs spectres, allant de l'astrologie au tarot, de la redécouverte des rituels païens à l'empowerment physique, et jusqu'à la médecine alternative. 

EDIT DU 13 MARS A 17:45 - suite à l'annonce du premier ministre déclarant l'interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes, la conférence est reportée. Une nouvelle date sera bientôt annoncée.


Toutes sorcières ?

Un échange à la fois ésotérique et empirique sur le retour de la figure de la sorcière dû à la quatrième vague féministe et post #metoo : et si désormais une puissante force féminine avait apporté des réponses à notre recherche d'élévation intérieure et un nouveau regard sur le monde qui nous entoure ? C'est la question à laquelle Astrotruc (auteure), Cristalisa (tarologue), Flèche Love (chanteuse) et Arièle Bonte, journaliste et fondatrice de Spell It Out, newsletter dédiée aux sorcières, tenteront de répondre. Costanza Spina & Apolline Bazin, journalistes pour Manifesto XXI & Alice Pfeiffer, journaliste pour Les Inrocks, animeront le débat. Le Bonbon a posé quelques questions à Costanza et Apolline pour en savoir plus sur le retour de la sorcière et son immersion au XXIe siècle.


Le Bonbon : Pourquoi avoir choisi la sorcière comme thématique de cette deuxième conférence sur le thème de l'Attention ? 

Apolline Bazin : La sorcière représente une figure de pouvoir et de magie. Ce qui nous intéresse plus précisément, ce sont les nouvelles pratiques de spiritualité et d'enchantement du quotidien (comme l'astrologie), qui sont plutôt portées par des femmes. Nous sommes encore profondément exclues de grandes religions monothéistes et la sorcière est la figure de la femme diabolisée par excellence. Notre propos, c'est que la sorcière signifie une autre manière de croire, un autre rapport au monde et aux autres, ce qui fait d'ailleurs le lien avec notre 3e talk, qui portera sur le care.


Que pensez-vous qu'elle révèle de notre époque, et de celles et ceux qui s'y intéressent ?

Costanza Spina : Celles et ceux qui ne se sentent pas représenté.e.s dans la société dans laquelle on vit, celles et ceux qui sentent que leur être est opprimé, contrôlé, brimé, trouvent en la sorcière un soutien intellectuel et culturel. La sorcière est depuis toujours un bon gros doigt d'honneur aux normes sociales, religieuses, physiques, une figure résiliente. Notre époque à besoin de personnes indignées et radicalement défenseures d'un monde plus juste et humain. La sorcière en est l'un des symboles. Elle est aussi une proposition spirituelle alternative, une réponse métaphysique émancipée, une religiosité perdue qui veut valoriser la différence, l'amour universel, le lien avec la nature. 

Apolline Bazin : Le succès de l'essai Sorcières, de Mona Chollet, est indicateur de ce besoin de force positive. Tout le monde n'a pas de savoir de sorcellerie, mais tout le monde peut se revendiquer de la sorcière et se sentir puissant.e. C'est un rôle performatif, de croire en la puissance des mots, de son intuition et donc de soi.   


Quelle est la "palette" de la sorcière façon 2020 ?
 

Costanza : Sans tomber dans le "witch starter pack", je constate que celles et ceux qui s'intéressent à la sorcellerie aujourd'hui sont aussi attiré.e.s par l'astrologie, une discipline ancestrale et millénaire qui a été discréditée par la rationalité viriliste pendant plusieurs siècles. Le tarot revient en force aussi, un outil magnifique de dialogue, de psycho-magie comme dirait Jodorowsky, un savoir aussi mystérieux que fascinant qui réinterprète et sublime nos cultures judéo-chrétiennes. Évidemment cela s'accompagne d'un amour retrouvé de la nature, donc un respect des animaux, une alimentation saine, un soin de soi, de son corps et une valorisation de la médecine douce versus une science "dure", adjectif d'ailleurs très phallique qui en dit long sur la question. La sorcière en 2020 résiste à un monde où une fausse rationalité machiste continue de ravager, diviser, gâcher. 


Comment ça se transpose sur le digital ?

Apolline : Nous sommes toutes les deux des grandes fans de comptes de mèmes dédiés à l'astrologie comme celui de @astrotruc qu'on a invité, @astrologouine ou @drunkstrology. Ça se transpose aussi dans des medias webs, comme le podcast de Gang of Witches ou @spellitout_newsletter fondé par Arièle Bonte, invitée à notre conférence également. Aussi dans le mouvement des @soeurcières_caen qui a organisé une action spectaculaire de dénonciation des violences sexuelles, ou le compte militant @gouinesdesatan. Et dans la rue, surtout, le Witch Bloc est une force féministe importante.


"Nouvelles spiritualités : et si Dieu était une sorcière ?"

Le jeudi 19 mars à la Gaîté Lyrique
Entrée gratuite sur inscription (dans la limite des places disponibles) 
3 bis, rue Papin – 3e
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