STAIV d'une confinée : jour 10

Moi, confinée aux toilettes à 4h du matin avec 2 feuilles de PQ

Je m'appelle Rach, j'ai 30 ans, je suis Marianne au Bonbon magazine, et si vous me lisez, c'est qu'a priori vous vous ennuyez. J'ai longtemps hésité à écrire ce journal car je ne suis pas du genre à déballer ma vie à tout-va sur les réseaux. Mais on manquait d'une personne en ce jour de confinement, j'ai donc décidé de jouer le jeu. Comme vous allez pouvoir le constater, ma vie est passionnante. Bonne lecture. 

4h : Comme toutes les nuits, je me réveille pour aller faire pipi. Je devrais peut-être consulter d’ailleurs. Comme toutes les nuits, s’ensuit une heure de torture psychologique à me tortiller dans tous les sens : « Où va le monde, putain », « Ah, il faut pas que j’oublie d’acheter du PQ demain », « Rendors-toi bordel »… Je rêve, et… qu’est-ce-que je devais pas oublier déjà ?

7h12 : Je suis officiellement une vieille dame. Je me réveille quasiment à la même heure que la mère de la mère de mon mec. Malgré tous mes efforts pour me rendormir jusqu’au plus tard possible (couette ou oreiller sur les yeux… avant d’étouffer), le soleil perçant les rideaux m’extirpe violemment des draps. Ils sentent bon, je pourrais y rester des heures, mais d’autres effluves viennent me titiller les narines : le café et le pain grillé beurré – auquel je voue un culte actuellement – qui se préparent dans l’autre pièce (le salon/cuisine/salle à manger). Là, mon copain Loïc est déjà posté sur son bureau de fortune (un canap' et une table bien bien basse) à écouter les infos déjà pas très réjouissantes. La bonne nouvelle du jour, c’est qu’on manque de PQ, alors j’ai une bonne excuse pour me mettre du rouge à lèvres. Oui, désormais je me maquille pour sortir acheter du papier toilette. Espérons qu’il en reste au Carrouf, flemme de faire la queue au Monop'.

8h : Un petit tour des réseaux pour être sûre de ne manquer aucune news, je me mets directement dans le bain de la recherche d’actus « quoi qu’il en coûte ». Il en pleut, on ne sait plus où donner de la tête. Mes yeux sortent de leurs orbites à 70 % de la journée – comme quand j’ai bu un peu trop – et ça pique, pas vous ?

11h : Petit point quotidien with the big boss pour vérifier que tout est en ordre. C’est incroyable comment notre vie a changé en si peu de temps. Le télétravail n’était même pas envisageable il y a 2 semaines, et nous voilà tous sur notre canap’ (la majorité probablement en pyjama et les cheveux tout gras) à bosser plus que jamais. La bonne chose, c’est qu’on a moins l’impression de bosser. Le télétravail, contrairement à l’open space, est une véritable aubaine pour la productivité (wink wink, Monsieur Bonbon). Les petites douceurs de Morgane, la bonne humeur de Zoé, les GDB et avocado toasts de Sarah, le cynisme de Lucas, la bienveillance de Manon, les looks de Laetitia, les coups de gueule de Louis, le rire contagieux de Fiona et le rire incessant de Carla, la crise d’ado de Lisa <3… tout ça me manque, mais je dois avouer que cette absence de pollution humaine semble également nous faire le plus grand bien (oui je vous ai traité de pollution). On sera d’autant plus contents de se retrouver à la sortie... aussi contents j'espère qu’en ce moment même, alors que je me prépare pour aller acheter du PQ.

19h : Bizarrement, ma vie sociale n'est pas pire (ni meilleure d'ailleurs) qu'avant. À 19h tous les soirs à partir du mercredi j'ai un vidéapéro avec la famille ou les potes et je bois du vin blanc (j'en ai trouvé avec le PQ). On se raconte nos vies où il ne se passe rien, plus que jamais. On fait des projections sur un avenir incertain. On se dit qu’on se manque. On se partage nos recettes, nos cours de sport. On joue à des jeux de Pictionary en ligne alors qu’on est des grosses quiches. On se dit qu’on a pour la première fois des courbatures, et qu’on a tenté d’apprendre le piano (en vain). On se dit qu’on ne va pas tarder à devenir fous et alcooliques… et puis le lendemain, j’ai la GDB. Un vendredi somme toute normal.

Voilà, c’était mon STAIV de confinée.

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