Anticorps au Palais de Tokyo : l'expo qui repense le contact

Josèfa Ntjam, Mélas de Saturne, 2020. Film, 11’49’’

Le Palais de Tokyo accueille, du 23 octobre 2020 au 3 janvier 2021, une expo immersive qui invite à repenser l'enveloppe corporelle dans une période où la distanciation sociale nous impose de se retrouver face à nous-mêmes. Au programme : les œuvres de 21 artistes qui ouvrent la perspective d’un nouvel érotisme social par le toucher.


Le topo

C'est en réaction quasi épidermique à la crise sanitaire et sociale que l’exposition Anticorps, conçue par l’équipe curatoriale du Palais de Tokyo, donne la parole à plus de 20 artistes de la scène artistique française et internationale. Au travers d'œuvres récentes ou nouvelles, ces artistes reconsidèrent la question charnelle, prenant le pouls de notre capacité à faire corps ensemble et à repenser notre façon d’habiter le monde. « Pourquoi nos corps devraient-ils s’arrêter à la frontière de la peau ? », demandait par exemple Donna Haraway dans son Manifeste Cyborg, une œuvre faisant office de pierre angulaire dans l'exposition. 


Pourquoi c'est cool ?

C'est une expo ultra-moderne, qui s’offre comme une volonté de penser à travers les peaux, en s’attachant à développer plusieurs registres de l’affectivité et de la présence, avec un écho particulier dans la période de crise sanitaire que nous traversons. C'est une exploration du sens du toucher sans que celui-ci soit physiquement activé, et la "mise à distance" pousse à une volonté renouvelée de contactDans cette nouvelle ère de l’"anticorps", les quatre espaces de l’exposition vous feront entrer en immersion dans un grand foyer in vitro, introduit par les paysages sonores de Dominique Petitgand mettant les sens en alerte, les corps hybrides de Josèfa Ntjam réinventant de nouvelles formes de vie, ou les êtres fantomatiques de Tala Madani questionnant l’idée d’une enveloppe corporelle. Un lien poreux entre les œuvres et le public qui fait réfléchir à de nouvelles façons d’habiter le monde.


Le coup de cœur de la rédac'

L'œuvre qui nous a le plus transcendé est signée par Tala Madani, une Iranienne qui vit et travaille à Los Angeles. Les huis clos peints par l'artiste agissent comme des trous noirs claustrophobiques d’où surgissent d’étranges situations, entre le grotesque et la satire, et dans lesquels les corps sont malmenés. Puisant son inspiration dans l’histoire de la peinture et des comics (l’artiste cite souvent la puissance des flashs de couleurs nocturnes d’Alan Moore dans Watchmen, 1986-87), Tala Madani compose également des films réalisés avec des peintures animées, aussi courts que des stories diffusées sur insta. Les narrations absurdes se mêlent à l'humour noir et à l'angoisse.

Tala Madani, Ghost Sitter (blue chair), 2020. Courtesy de l’artiste et Pilar Corrias (Londres). Crédit photo : Flying Studio (Los Angeles)

Pour l'exposition Anticorps, Tala présente trois tableaux et deux films réalisés en 2019, mettant en scène des corps fantomatiques qui transpercent la pénombre, des corps absents, des corps funèbres, des corps liquidés, des corps ventilés, des corps sans visage, des corps-objets, des corps intérieurs, ainsi qu’un corps-caverne infecté par l’histoire du monde et dont s’évade un foetus armé... Étrange mais fascinant.


Anticorps
Palais de Tokyo
13, avenue du Président Wilson – 16e 
Du 23 octobre 2020 au 3 janvier 2021

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