La femme de mon frère : amour filial, blagues et philosophie

  • Louis
  • Ciné-Séries
  • 04/07/2019

Le cinéma québécois, c'est quand même vachement bien. Et je ne parle évidemment pas que de Xavier Dolan, même si c'est le premier auquel on pense. Denys Arcand aussi fait de super films, par exemple, et maintenant Monia Chokri, qu'on avait aperçue chez Dolan en tant qu'actrice (Les Amours imaginaires, Laurence Anyways), avec ce délicieux premier film. 


Sophia vient de terminer sa thèse à l'université de Montréal. Brillante mais quelque peu désabusée et limite asociale, elle entretient avec son frère Karim une relation fusionnelle, et a élu temporairement domicile chez lui, le temps de trouver un travail à sa mesure. Quand ce dernier tombe amoureux d'Eloïse, la gynécologue qui vient d'avorter Sophia, c'est tout son monde qui s'effondre.

La femme de mon frère film critique

Nous voilà donc en présence d'une héroïne aussi intelligente que névrosée, dont la peur première et irrationnelle est de se retrouver seule. Ce qui la différencie d'une héroïne "classique" et en fait une héroïne moderne, c'est la conscience qu'elle a de sa propre situation, de l'aspect incontrôlable de ses émotions, et la grande intelligence qui la meut. Les nombreux paradoxes, constamment expliqués et analysés, par son frère, sa famille, ses amis ou même elle-même, donnent ainsi lieu à des dialogues aussi profonds par leur portée philosophique qu'hilarants par le choix des mots qui les composent. Il y a dès lors une sorte de fierté complice à pouvoir rire à gorge déployée devant une joute verbale invoquant des noms comme ceux de Kant ou Nietzsche, que Monia Chokri parvient à rendre naturelle et extrêmement agréable.

La femme de mon frère film critique

Mais le cinéma prôné dans La femme de mon frère, ce ne sont pas que des mots d'esprit émanant d'un milieu académique et intellectuel, c'est aussi la pureté, la douceur des sentiments qui lient les personnages, une certaine vision de la famille, et cette façon si poétique de montrer tout cela. De la fête la nuit au calme d'une balade en barque sur un lac en passant par une bruyante journée passée entre femmes, Monia Chokri propose à chaque fois une mise en scène originale, graphique et rythmée, ou alors crée le paradoxe entre le montage et le propos, toujours avec beaucoup de finesse et de doigté. On rit, on s'émeut, on s'émerveille, bref, on est totalement sous le charme. 

La femme de mon frère film critique


Audacieuse et ambitieuse, la première réalisation de Monia Chokri est une vraie réussite, tant au niveau formel que narratif, et nous offre, dans la plus pure tradition québécoise, une belle bouffée "d'humour et de tendresse", comme le disait si bien Diane Tell. 

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