La nuit est-elle un milieu misogyne ?

Les meufs se sentent-elles plus en danger le jour ou la nuit ? En tout cas, toutes s'accordent à dire qu'une fois les lampadaires allumés, elles ne se sentent pas réellement en sécurité. Dans les clubs aussi, la défiance règne. Est-ce que ça signifie pour autant que la nuit est un milieu misogyne ? On a demandé à des gens si avoir des seins est plus handicapant sous les lumières artificielles. 


"La nuit est une caricature du jour"

La nuit est-elle un milieu misogyne ? Tu tends à répondre : un peu, beaucoup. La nuit est une caricature du jour. Quand il fait noir, tout s'amplifie : les grands mots, les gros mots et les cons. Amy Lamé, maire de la Nuit de Londres, dit que « la nuit fabrique un écrin où les contrastes sont plus forts, y compris ceux entre les hommes et les femmes ».

Ceci est dû au fait que les gens pensent que la nuit appartient aux hommes. D'ailleurs, lorsqu'elle a été désignée, Amy indique que les gens ont eu du mal à accepter le fait que cela soit une femme qui représente le milieu de la nuit à Londres. Ben ouais, c'est pourtant connu : il faut avoir un pénis pour appréhender la lune. Michel Lucas, universitaire et consultant à Paris, tente de comprendre : « le problème provient peut-être du fait qu'on masculinise la nuit, très virilisée dans ses représentations ». 


Pourquoi ?

Il y a 50 ans encore, la population masculine était en effet très majoritaire dans les bars, notamment hors des grandes agglomérations. Selon une étude sociologique de l'Université Paris 8, l'entrée des femmes dans ces territoires dits "masculins" était vue comme « empiétant sur un territoire qui n'était pas le leur », donc on les considéraient comme "hors-normes" voir "prostituées". Aussi, ces effrontées, surtout lorsqu'elles étaient accoudées seules à un bar, pouvaient être jugées comme étant « à la recherche d'une aventure » et « acceptant implicitement de recevoir des avances plus ou moins pesantes ».

Les étudiants de Paris 8 ont mené l'enquête dans quatorze bars d'Issoire différents pour vérifier si le propos était toujours actuel. Ils ont relevé que les hommes, en moyenne plus âgés que les femmes, étaient sur-représentés (290 hommes au total contre 182 femmes). Le personnel dirigeant est aussi plutôt masculin. Sur 11 bars sélectionnés, 9 femmes ont été identifiées comme serveuses ou patronnes d'établissement, contre 20 hommes. Les postes les plus occupés par les femmes ? On te le donne en mille : le service. Les étudiants ont aussi constaté un plus fort taux de groupes masculins que de groupes féminins.


Clubs : berceaux du sexisme ?

Peut-être est-ce cet insidieuse absence qui crée les irrégularités. En tout cas, à l'intérieur des clubs, on préfère surfer dessus. On évoquait notamment les trucs sexistes inventés par les bars à l'intention des filles. Et puis, il y a ces boîtes à concept, à destination des filles bonnes et opé' pour jouer les potiches (y'a des bouteilles à la clef, aussi). Lola, mannequin de 23 ans, était des leurs. Elle raconte son expérience de meuf plante verte à Néon : « J’avais conscience d’être là pour la déco, un appât pour les gros poissons friqués, mais je m’en fichais. L’univers de la nuit me fascinait, j’étais fauchée, et je m’amusais bien, donc j’y trouvais mon compte. » En tous cas, le concept est rentable puisqu'il attire une clientèle masculine opulente. On avait nous-mêmes fait une petite excursion au royaume des michtos pour nous faire une idée. 

© Sexonthebeach.com


Misogynie similaire le jour, mais moins déguisée la nuit ?

Toutefois, Sandra précise qu'il ne faut pas généraliser. Stripteaseuse, elle dit n'avoir jamais ressenti l'impression de mysoginie dans son milieu. « Bien-sûr, il y a des hommes lourds et irrespectueux, mais c'est comme dans la vraie vie. » Elle précise : « Tout le monde est confronté au sexisme au travail, que ce soit le jour ou la nuit. » Demande à ta pote hôtesse de l'air si on ne lui a jamais fait le coup du fantasme de l'amour dans l'avion. Sandra dit qu'on peut stigmatiser sa profession. Elle explique pourtant que durant le striptease, « le corps est sublimé ». Son métier est « artistique avant tout ». Ceux qui ne le comprennent pas sont des machos qui doivent aussi exercer leur misogynie dans d'autres cercles, jour compris.

Le sexisme est peut-être plus exarcerbé pendant la nuit. Une étude sociologique révèle néanmoins que la discrimination varie aussi en fonction de l'heure, du lieu, de la clientèle. Il n'y a pas que dans les endroits tout pourraves qu'on l'exerce. René, patron de bar dans le 18e, explique que le facteur alcool pèse aussi beaucoup dans la balance de la mysoginie. Ce n'est pas nouveau : plus t'es torché, moins t'es civil, finalement. Quel que soit l'endroit.


Des solutions ?

A Londres, Amy Lamé travaille sur une charte pour réguler les inégalités. Elle souhaite qu'il y ait le même niveau de sécurité pour les hommes que pour les femmes la nuit. Elle travaille aussi sur des cas particuliers : comment éviter, par exemple, que des établissements LGBT ne soient fermés. En France, il existe bien-sûr une charte d'égalité homme-femme, mais pas spécifique à la nuit. Néanmoins, de plus en plus d'asso posent leurs stands, notamment en festival, pour lutter contre les violences faites aux femmes. Un label « bar sans relou » a aussi été lancé à Lille, destiné aux établissements voulant mettre fin au harcèlement dans l'espace public. Il se voit depuis exporté dans plusieures nouvelles villes. Youpi.

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