[ITW] Clara Luciani, si t'avais pas encore compris

Sans aucun doute, Clara Luciani est une jeune femme d’exception. Il suffit de voir la manière avec laquelle elle dévore des yeux le paquet de biscuits Xtrem qui traîne sur la table de La Maroquinerie lorsque cette interview a été réalisée. Et la manière dont elle refuse poliment d’en manger ne serait-ce qu’une seule miette… Écoutez son premier album, Sainte-Victoire, et vous vous rendrez compte que, pourtant, l’artiste originaire de Marseille va « droit au but », comme elle le dit elle-même. Rencontre, le chocolat à la bouche.


J’ai lu ton interview pour Stylist, et comme apparemment c’était ta première couv’, ils ne t’ont parlé quasiment que de ça. Du coup, ça fait quoi de faire ta deuxième couv’ ?

(Rires) C’est la troisième en réalité !

Jamais deux sans trois, tu connais…

Eh bien je suis très flattée d’être en couverture du Bonbon Nuit ! (Sourire) Pourtant, être confrontée à des photos de moi n’est pas la chose qui me rend la plus heureuse du monde, mais là je trouve ça cool parce que ça me permet de faire découvrir ma musique et c’est ce qui compte je pense.

Pourquoi ça ne te rend pas heureuse d’être médiatisée comme cela ?

Si je pouvais me tenir loin des photos de moi, je serais un peu mieux… Quand il y a des miroirs par exemple, je ne m’arrête pas trop. Ça ne m’intéresse pas tellement.

La société du spectacle ne te plaît pas trop ?

Elle me plaît évidemment mais pour d’autres raisons. Cet aspect-là, je ne le trouve pas du tout attractif. Finalement c’est l’aspect le plus superficiel.

Peut-être le plus obligé aussi…

Oui, et d’ailleurs je le fais ! Mais je ne suis pas le genre de personne qui accrocherait ses couvertures dans sa chambre, ça c’est clair ! (Rires)

Quand est-ce que Clara a pleuré pour la dernière fois ?

Je pleure assez régulièrement. Je fais des vidanges pour renouveler mes eaux (Rires). Parfois c’est parce que je suis juste fatiguée, d’autres fois parce que je regarde un film avec des gens qui se séparent ou qui meurent… Donc peut-être il y a trois jours ! J’étais juste fatiguée… Comme je travaille beaucoup en ce moment et que je suis sensible, je pleure facilement. Mais en même temps je n’ai jamais été aussi heureuse qu’en cette période de ma vie. 

Par rapport à l’album et tout ce qu’il se passe autour ?

Oui, et puis demain on joue à Solidays (l’interview a été réalisée le samedi 23 juin, ndlr) ! Je crois que les concerts, c’est ce qui m’excite le plus et ce qui me rend le plus heureuse parce que j’adore rencontrer les gens. C’est toujours beaucoup d’émotions !

As-tu fait des concerts particulièrement ?

Oh oui, plein ! Notamment ceux du début où j’expérimentais le truc, j’étais toute seule en guitare/voix et je ne pense pas que c’était fabuleux. Ah et puis aussi, l’autre jour… J’ai joué et je me suis pris une enceinte dans la tête, tout simplement… (Rires) J’étais dans le mood, je n’avais pas vu l’enceinte et je suis rentrée dedans. Pour rattraper le coup, j’ai fait une espèce de moon-walk en arrière pour faire genre que tout était contrôlé, alors que clairement pas du tout... (Rires)

Il n’y a pas une vidéo ?

Non, petit filou ! Les gens de devant se sont exclamés genre “Wow, wow !” mais ceux du fond n’ont rien vu, alors ça va… L’honneur est sauf ! (Rires)

Ton histoire me fait penser à celle d’un Dj très connu, Richie Hawtin, sauf que lui il avait carrément pris une enceinte pour la jeter sur une fille dans le public… Peut-être que le star-system peut faire péter des câbles à des artistes, non ?

Je suis hyper préservée de ça pour le moment, et ça me va très bien. Ça va bien avec ma personnalité et je suis très heureuse de ne pas avoir fait le buzz. Beaucoup de carrières se construisent comme ça, avec de la visibilité qui explose d’un coup mais qui dure malheureusement peu de temps. Je crois que ça pourrait me rendre folle. En revanche, faire ce que je fais, c’est-à-dire construire brique par brique quelque chose que j’estime être solide et honnête. Cela fait quand même six ans que je suis à Paris et que je construis mon truc, que je me cherche et que j’ai l’impression de me trouver. Je pense être dans quelque chose de sain qui, justement, me préserve de ce star-system comme tu dis.

Et puis tu as commencé très jeune aussi, à 19 ans, avec La Femme… Ça a dû te forger !

J’étais un bébé ! Le groupe m’a dépucelée avec la scène, ça a été violent et déterminant. Je me suis retrouvée propulsée avec un groupe complètement génial et il fallait que j’assure, que je sois là. Ça a été un élément hyper important dans ma vie. C’était le début du groupe mais il y avait déjà eu Sur La Planche, qui est un tube énorme, donc j’arrivais à un moment où le groupe était déjà identifié, il y avait pas mal de monde aux concerts…



Pourquoi t’es-tu séparée d’eux ?

Parce que j’étais interprète dans La Femme. Sauf que j’ai toujours voulu écrire et chanter mes chansons.

C’est quoi la journée type d’une Clara Luciani quand elle n’est pas en tournée et qu’elle ne doit pas gérer des fans insistants, un tour bus sans essence et du matériel qui manque ?

Alors je me lève, je me fais un smoothie au caviar, ensuite je prends un bain au sang de vierge pour conserver l’élasticité de ma peau, après je vais déjeuner avec Arielle Dombasle… L’après-midi, je vais à l’équitation, tout simplement ! Et je finis souvent ma journée par un barbecue à l’Élysée ! (Rires)

Mais attends, toi t’es allée jouer à l’Assemblée Nationale pour la Fête de la musique, pas à l’Elysée… Est-ce qu’il n’y a pas une appropriation un peu, disons, culturelle de la musique contemporaine par le pouvoir politique ?

Probablement. Pour te dire vrai, je ne l’ai pas vu comme ça. J’ai réussi à dépolitiser l’endroit en me disant que c’était un concert gratuit et que les gens, du coup, allaient pouvoir assister à mon concert et ceux des autres sans rien dépenser. Et puis il faisait beau, c’était cool… J’ai complètement oublié l’aspect politique et formel de l’endroit. Je me suis marré en me disant que la mozzarella que je mangeais était celle des contribuables ! (Rires)

C’était même pas une burrata ?

Non, mais c’était une très bonne mozza ! (Le papa de Clara, à deux tables de nous, me le confirme avec un grand sourire) Par contre, il n’y avait pas d’Extrême (des gâteaux avec… )

Ah tiens, tu me fais penser que je vais en manger un… Je les ai vraiment pris au hasard, à la base je voulais des crêpes Waouh mais il n’y en avait plus… Je me suis dit que peut-être, vu qu’on est tous les deux de la génération 90…

Est-ce que tu étais le genre de personne à les décrêper ?

Non, pas du tout ! Quelle horreur ! J’étais de l’école qui la mangeait d’un coup ! J’ai perdu des potes à cause de ça…

Ah, mince… J’ai perdu des points alors…