Moins de frotteur.se.s en boite ? C'est l'objectif de l'asso Consentis

© Consentis.info

Si vous deviez chercher une lueur quelque part dans la nuit, ça ne serait peut-être pas du côté du Dj qui vient de balancer un track foudroyant ou de votre pote qui a réussi à faire rentrer un litre de pastis dans la soirée et qui vous en fait profiter allègrement.

Peut-être qu'il faut la chercher ailleurs, du côté de quelques associations qui aident à rendre la nuit plus belle. Nous vous avions parlé du SOCLE il y a quelque temps, un syndicat qui œuvre pour la promotion d'une fête libre et engagée, nous aurions aussi pu aborder Fêtez Clairs et leur travail sur la réduction des risques liés à la drogue, mais nous avons préféré faire parler, aujourd'hui, Domitille et Mathilde de l'association Consentis.info, une assoc' qui œuvre pour que la fête soit un milieu safe pour toutes et tous. 


Qui êtes-vous et que faites-vous ?

Bonjour le Bonbon ! Je m’appelle Mathilde, et ensemble avec Domitille, nous avons fondé en janvier dernier Consentis.info à Paris. Cette association de loi 1901 vise à combattre les violences sexuelles et le sexisme dans les lieux festifs (boîtes de nuit, bars, festivals).


Expliquez-nous l’idée derrière votre association ?

L’idée c’est de participer à l’instauration d’une culture du savoir-être dans les fêtes en sensibilisant et responsabilisant les acteurs du monde de la nuit. Notre définition du savoir-être se base sur les valeurs de la tolérance et de la solidarité. En d’autres termes, nous souhaitons encourager les fêtard·e·s à produire des actions et des réactions qui combattent les inégalités notamment liées au genre, ainsi que les discriminations notamment liées à l’orientation sexuelle. Notre action se concentre essentiellement sur la lutte contre les violences sexuelles et le sexisme dans ces lieux.


Quels moyens d’action menez-vous ?

Notre démarche est premièrement scientifique car nous pensons que pour lutter activement contre ces infractions, nous devons d’abord apporter des statistiques à cette cause. Cela a été le travail de Domitille en février 2018 qui a mené une étude quantitative auprès de 1030 personnes (dont autant d’hommes que de femmes) afin de faire un état des lieux des violences sexuelles dans ces lieux. Maintenant, notre rôle en tant qu’association de sensibilisation est de communiquer de manière pédagogue sur les résultats de l’étude. C’est pourquoi nous avons décliné ces résultats sous plusieurs formats : vidéo, article, interview, communiqué de presse, livret de coloriage ou encore infographie.

Nous nous adressons à tous les acteurs et actrices du monde de la nuit : promoteur·rice·s, fêtard·e·s, gérant·e·s de lieux festifs, personnels de sécurité et de service. Nous utilisons également les réseaux sociaux (Facebook et Twitter) pour relayer des articles, vidéos ou encore podcasts pertinents sur les thèmes que nous abordons dans l’association. Au-delà des réseaux sociaux et de la presse, nous avons été présent·e·s à plusieurs événements où nous tenions un stand de prévention et abordions le sujet des violences sexuelles en présentant le rapport d’étude mais aussi en affichant notre campagne de sensibilisation in situ.


Comment le public réceptionne-t-il vos actions, particulièrement les mecs ?

Écoute très bien ! Nos actions sont très bien reçues. Je pense que la prise de conscience générale de la nécessité de lutter contre les violences sexuelles dans les lieux festifs a augmenté dernièrement notamment grâce au mouvement #MeToo. C’est déjà arrivé que des personnes nous approchent avec méfiance mais très vite nous arrivons à déconstruire les préjugés et presque systématiquement les langues se délient à notre stand et nous témoignent d’effroyables histoires qui nous encouragent à donner davantage d’impulsion à Consentis.info. Nous nous adressons autant aux hommes qu’aux femmes dans nos campagnes de sensibilisation.


C’est quoi la solution pour échapper à un gros relou ?

Avec Consentis, on aimerait agir à la source. Le but ce serait de sensibiliser les relous à justement ne plus l’être. C’est-à-dire à dévaloriser les incivilités qui sont associées à la séduction comme une drague lourde et valoriser le savoir-être. Cette démarche s’inscrit directement dans la lutte contre la culture du viol qui se manifeste dans les lieux festifs. Cependant, comme malheureusement nous sommes conscient·e·s que les mentalités vont mettre du temps à changer, voici nos conseils en cas de situation d’agression.

Si à un moment donné lors d’une interaction vous vous sentez inconfortable, alors gardez à l’esprit que rien ne vous empêche de vous évincer. Autrement dit, vous ne devez en aucun cas subir une drague lourde et vous ne devez pas avoir peur de partir sans vous justifier. Dans certaines situations, certaines personnes se sentent obligées de rester avec leur interlocuteur·ice parce que ce ou cette dernier·e lui a offert un verre avant ou est le ou la meilleur·e ami·e de son ou sa super pote etc.

Par contre, si vous êtes face à un·e agresseur·se, la réponse la plus optimale serait de demander de l’aide et du soutien au personnel de sécurité. Si celui-ci ne vous offre pas le soutien nécessaire, alors adressez-vous à une autre personne qui vous inspire confiance mais n’hésitez pas à demander de l’aide autour de vous.


Est-ce qu’on a le droit de le frapper au sol après lui avoir jeté une pinte à la gueule ?

Ce n’est évidemment pas ce que Consentis.info préconise ! Nous souhaitons enseigner de manière pédagogue une culture du consentement. En essayant de lutter contre les violences sexuelles, on ne veut pas prendre le parti d’encourager la violence. Cependant, nous cherchons à dévaloriser les comportements de drague lourde et à valoriser l’intervention du tiers.



Décrivez un peu la notion de consentement qui fonde votre travail de prévention...

Le consentement sexuel, c’est le fait de s’assurer, avant d’entreprendre une activité sexuelle, que son ou sa partenaire l’accepte de son plein gré sans être ni violenté·e, ni surpris·e, ni contraint·e. Pour nous, instaurer une culture du consentement, ça se base sur le fait de s’intéresser à l’autre. Nous pensons que le consentement est quelque chose qui se demande, s’écoute et doit être respecté. Cela semble être du bon sens mais malheureusement beaucoup de personnes associent la résistance voire un non à quelque chose d’attirant. Ce que nous souhaitons inculquer est que ce qui est réellement séduisant et libéré, ce sont deux personnes qui se désirent et choisissent de leur plein gré de s’adonner à des ébats. Pour conclure, le consentement est indispensable et ne ressemble pas à un contrat à signer.

J’ajouterai pour finir la lecture de cet article que nous pensons que chaque acteur·ice du monde de la nuit est concerné·e par les violences sexuelles et le sexisme dans les lieux festifs : prenez un temps pour y réfléchir et lancez le débat avec vos proches ! En attendant de vous croiser à un de nos événements mensuels de prévention, vous pouvez nous suivre sur notre page Facebook Consentis.info, notre Twitter @Consentisinfo et visitez notre site internet Consentis.info.