La Kidnapping

Dans la vie normale, un kidnapping c'est un truc merdique. Par contre, dans le monde merveilleux de la nuit parisienne, La Kidnapping est une soirée lesbienne réputée pour son amour inconditionnel du gros n'importe quoi. Ça se passe un fois par mois, c'est dans un bar pourri (le QG, Oberkampf) et c'est Sophie Morello qui gère le bordel.   

Sophie, elle t'est venue d'où cette irrépressible envie d'organiser des fêtes déglinguées ? 

Ça vient surtout de mon quotidien. Je faisais des grosses boums dans un appart de 20 mètres carrés, on était plus d'une quarantaine et on avait toujours des problèmes avec les flics. On s'est dit qu'on allait faire ça dans un petit bar, comme ça, le patron payerait les amendes à notre place. Le fait de faire des soirées, c'est vraiment un gros hasard, je ne me suis jamais rêver en orga de soirée, je m'en branlais un peu.

Tu te rappelles de la première Kidnapping ou t'étais trop déchiquetée ? 

Ouais, euh, c'est loin maintenant, ça remonte à 5 ans. C'était à l'O'Kubi et ça s'est plutôt bien passé car il y a eu un bon bouche à oreille. Je me suis auto-proclamée Dj de la soirée, et on a bien ravagé les lieux.

KIDNAPPING Yan Wagner

Là, tu je te laisse 3 minutes pour faire une spéciale dédicace à celles et ceux qui te filent un coup de main.  C'est parti. 

Il y en a plein. Dédicace à Laure Saunier qui imprime mes affiches pornographiques à son bureau. Big up à ma caissière Olivier, j'aimerais aussi remercier tous les dj's en bois qui bossent à mes côtés, et tous les esclaves bénévoles sans qui ces soirées ne seraient pas possibles. D'ailleurs, petit message, je recherche encore des esclaves pour m'aider, la porte est ouverte, contactez-moi.

S'il y a bien un truc qui fait la spécificité de tes soirées, c'est l'endroit dans lesquelles tu les organises : Le QG. Comment s'est fait votre deal ? Des lesbiennes dans un bar de bikers, c'est plutôt couillu, non ? 

Toujours pareil, ça s'est fait par hasard, ce n'a pas été le fruit d'une réflexion ultime. C'est juste que j'habitais au-dessus en fait, et que le boss du QG, c'était mon concierge et aussi le syndic de l'immeuble. Maintenant que je lui fais gagné un peu de blé, je suis son idole.

Les gens ne te demandent pas d'organiser tes soirées ailleurs ? le QG, c'est bien pourrave... 

Tour le temps ! Mais hors de question. Déjà, j'ai un côté super sentimental : on a fait tellement de belles fêtes dans ce boui-boui que j'ai du mal à m'en décrocher. Et puis, l'idée de la soirée, c'est de faire jouer des dj's habitués à des gros clubs dans un bar merdique.

KIDNAPPING Yan Wagner 

Tu invites souvent de la bonne hype (Cardini, Yan Wagner, Maud Geffray...) à tes soirées. Tu les kidnappes comment ? 

Je pense qu'être dans la hype, ça doit être chiant au bout d'un moment. On a tous un côté ringard et con, mes soirées permettent de l'exprimer. Les têtes d'affiches que j'invite sont également tous plus ou moins queer-friendly, et ont déjà entendu parler de la Kidnapping. Du coup, ce n'est pas trop difficile de les convaincre.

Le réseau lesbien, ça aide ou bien ?

Pas du tout. Je pense juste que les « stars » que j'invite, ça les fait marrer de faire une date à l'arrache. Et puis mes soirées dégling', ça leur remet les pieds sur terre, ça leur rappelle leurs débuts, quand ils mixaient dans des petits bars (rire satanique et franc). C'est ce côté régressif  qui leur plait bien, je crois.

Qui a été l'invité le plus trash ?

Oula, j'en sais rien, tu sais, souvent je leur montre des vidéos du bordel de nos soirées pour bien les chauffer, histoire qu'ils comprennent qu'on n'est pas à la Gaité Lyrique... Allez, Rebecca Warrior des Sexy Sushi nous a foutu un boxon mémorable. Son aura « gouine » est complètement indécente.

Il se porte comment, le milieu lesbien en 2014 ?

Il se porte plutôt pas trop mal, y'a beaucoup de soirées itinérantes depuis l'arrêt du Pulp. Il manque surtout un endroit queer et indé à Paris.

KIDNAPPING Yan Wagner

On vous met pas trop de bâtons dans les roues ?   

On n'est pas des clientes idéales. J'ai contacté pas mal de responsables de lieux parce que je veux organiser un festival sur 3 jours l'année prochaine, et y'a 2 trucs qui leur foutent les pétoches : la segmentation gouine, on est souvent castagneuses et pas très riches, et le lancer de jambon.

Ah oui, c'est quoi déjà cette histoire de lancer de jambon ?

À la première Kidnapping, j'avais préparé un petit buffet apéro, mais on était trop bourrées, du coup, ça s'est transformé en bataille de jambon cru. C'est depuis devenu une tradition, une marque de fabrique. Voilà, maintenant, quand tout le monde est ivre-mort à 1h30, je balance du jambon dans la foule. C'est un moment fort, plein d'émotions.  

Tu as envie d'évoluer vers des soirées « club » ? 

Non, mais comme je t'ai dit, y'a un festival qui se prépare et qui s'appellera Kidnapping en série. Pour le clubbing, je trouve qu'il y a trop de contraintes à la con.

Le conseil que tu donnerais à une petite jeune qui veut se lancer dans l'orga de soirée ?

Pour faire de la thune, faut surtout qu'elle appelle Rag (la boss des soirées Wet For Me, ndlr) ou Anne-Claire Gallet (orga des Flash Cocotte, ndlr). Sinon, il faut surtout avoir un bon paquet de potes bien débiles.

Le remède version « kidnapping » contre la gueule de bois ?

Rien foutre devant Plus belle la vie.

Un petit mot pour la fin ?

J'aimerais être sponso par Aoste.

www.intelligenceflexible.com/kidnapping

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