Festival de Cannes 2017, au-delà du réel

Après une sélection 2016 d'une rare richesse où l'humilité d'une génération paumée s'est exp(l)osée à nos yeux humides (I, Daniel Blake, Paterson, Divines, Aquarius, Toni Erdmann), la nouvelle sélection de Thierry Frémaux et Pierre Lescure engage un nouveau virage. Même si il est délicat de dégager un horizon commun de la Sélection officielle pour l'instant, l'on peut déjà se féliciter de la richesse sidérante des thèmes abordés entre l'adrénaline new-yorkaise des frères Safdie avec Good Time, la bourgeoisie par Haneke avec Happy End, l'ultime douceur de Naomi Kawase avec Hikaria, ou bien encore le fantastico-surréalisme de Bong Joon-ho avec Okja et son kidnapping de géant. On se mouille, voici nos prédictions pour ce prochain festival de Cannes qui sera à suivre en direct sur notre site internet, chaque jour, à partir du 19 mai. 

Top 4 de nos plus grosses attentes

1. Happy End de M. Haneke : Forcément l'on trépigne à l'idée de découvrir la nouvelle mise en scène glaciale du génie de Funny Games lorsqu'il embarque de nouveau Isabelle Hupert et Jean-Louis Trintignant dans une histoire de bourgeoisie contemporaine.

2. Hikari de N.Kawase : A l'origine d'une des plus belles scènes de deuil de l'histoire du cinéma dans Still the water, Naomi Kawase revient en sélection officielle avec une romance pastelle déjà bouleversante par son trailer.

3. The Beguiled de S. Coppola : Parce que Sofia Coppola abandonne enfin son thème favori (le vide) pour enfin retourner à ses premières amours (le drame amoureux). On ose y croire.

4. Mise à mort du cerf sacré de Y. Lanthimos : Avec The Lobster, seule l'idée originelle était à sauver dans cette glissade irregardable ; on espère que Lanthimos parviendra enfin à cibler juste. Quel retour de Colin Farrell, également présent dans The Beguiled !

Top 4 de la loose annoncée

1. Le Redoutable de M.Hazanavicius : Car Hazanavicius se persuade encore d'être un grand metteur en scène alors que l'on rigole toujours de son The Search pitoyable. Ce sera de nouveau un fiasco au rire jaune avec un Louis Garrel en Godard, fallait aller le chercher.

2. L'amant double de F. Ozon : Ozon nous fatigue avec la violence de ces mélodrames pompeux et juteux à souhait, mais sans fond et d'une arrogance viscérale qui le caractérise et affaiblit chacun de ces nouveaux projets.

3. Rodin de Jacques Doillon : Ce biopic d'une éternelle histoire que l'on a vue, lue et entendue des centaines de fois finira forcément par nous lasser par une mise en scène pesante et un Lindon qui en fera des caisses.

4. Wonderstruck de Todd Haynes : Loin d'être fan de Haynes, Julianne Moore pourra éventuellement sauver le naufrage de cette histoire de gamins sourds sur deux époques. On n'y croit pas une seconde.

Prédiction infondée

Palme d'or à Haneke qui devient le premier réalisateur aux trois timbales, c'est tellement évident que c'est déjà signé, Lindon nous en remet une belle avec son Rodin et chope un second prix d'interprétation, Almodovar s'émeut de Desplechin pour son Prix du Jury, Le Redoutable fait hurler la presse, Kawase pas assez social pour un prix à Cannes alors que Lanthimos, et ses délires zoophiles, parvient enfin à finir un film correctement avec sa Mise à mort du cerf sacré et un grand prix du Jury. Meilleure actrice pour une frenchy, dans le tas entre Ozon et Desplechin (Marine Vacth ?) et le prix de la mise en scène pour les frères les plus branchés de l'univers (les Safdie) pour leur course poursuite new-yorkaise.  

Et les autres alors ?

Amalric et son Barbara en ouverture d'un Certain regard, ça ne se loupe pas, la Quinzaine fait très fort avec Bruno Dumont, Claire Denis, Abel Ferrara et Amos Gitai sans oublier l'événement absolu avec le retour de Twin Peaks de David Lynch ou encore mieux, Top of the Lake de Jane Campion pour des séances spéciales.

Extrait du Bonbon Nuit n° 73, par Pierig Leray