Journal d'une confinée contaminée : day 12

  • Laura Puset
  • Lifestyle
  • Publié le 26 Mars 2020 à 18h09
© The Rain

Je m’appelle Laura, j’ai 27 ans (déjà) et j’ai le coronavirus. Oui, avant j’étais journaliste pour Le Bonbon Marseille, j’étais grande gueule, j’étais sportive, j’étais drôle, j’étais même sudiste à part entière voire « provinçiale » pour mes potes parisiens (oui j’en ai !) mais il semblerait que la réalité ne me cantonne désormais plus qu’à ma charge virale. Journal d’une confinée contaminée à Marseille.

7h15 : Je me réveille sous les coups de tonnerre musicaux de ma voisine de pallier qui n’a pas attendu le confinement pour me faire chier avec ses musiques d’une playlist qu’elle n’a vraisemblablement pas changé depuis le sommet de carrière de Calogero.

8h30 : Je me lève et je vérifie que ma programmation Facebook soit bien en place car j’ai encore du mal à discerner envers qui j’ai le plus d’intérêt, ma fatigue ou mon ennui ?
Mon travail étant ma seule occupation du moment, je m’y plonge corps et âme. Et il semblerait que cela paye, vu qu’on me demande, À MOI, de parler de ma journée (ceux qui s’en foutent peuvent lever la main), ou s’agirait-il seulement de faire parler le « COVID-19 » ? Je ne saurais jamais, et je pense que c’est mieux comme ça.

9h30 : Si la fatigue me laisse tranquille je bosse peu et mon copain qui galère juste en dessous (j’ai une mezzanine) me donne du courage. Oui lui aussi il est malade, il a de la fièvre, et des maux de têtes mais rien ni personne ne saurait l’éloigner de « sa séance » quotidienne. C’est un mec discret, qui ne fait pas de vague, mais en cas de bavure, il est souvent celui qu’on appelle. Vous voyez le genre ? Le type dissuasif de part sa circonférence brachiale hors norme (j’ai pas fini de l’entendre fanfaronner après ça).

12h30 : On se fait à manger, c’est à la bonne franquette. On essaye de manger équilibré mais il nous arrive de tremper nos chips directement dans le fromage à tartiner qui restait dans le rayon du bas de Monoprix. Puis de toute façon, je n’ai plus ni goût, ni odorat alors à quoi bon regretter les grandes tables de Marseille... Mon copain pourrait bien mettre du dentifrice dans ma soupe que je croirais à une noix de crème.

15h : Quand nous n’avons pas d’aller-retour à faire à l’hôpital de la Timone pour contrôler que le traitement du Pr Raoult ne nous tue pas plus qu’il nous guérit, on « geek » sans vergogne.
Alors non, ce cher Didier n'est pas devenu mon gourou, non je ne le considère pas comme un prophète juste comme un type à l'initiative d'un message que j'ai validé : "ce traitement baissera votre charge virale, baissera votre capacité à contaminer les autres mais n'aura peut-être aucun impact sur vos symptômes". Ok, je choisis la team "Raoult tcha tcha tcha" et c'est MON choix.

18h : Mon copain se plonge dans son livre « Commandos Marine », et moi je suis trop fatiguée, j'ai trop mal au crâne et aux yeux (ni fièvre ni toux pour ma part) pour me lancer dans la lecture de mon cadeau de Noël « Comment gagner les petits combats de la vie lorsqu’on est un homme lâche et sans charisme ». Oui je sais, j’ai toujours eu des ami(e)s en or et ça bien avant que la mort ne me guette.

19h : Vendredi oblige, ce soir c’est « apéro entre voisins confinés » estampillé le Bonbon Marseille. Une petite initiative virtuelle nommée « Du Monde au Balcon » et qui prend une jolie tournure dans la cité phocéenne, comme ailleurs je l’espère.
Mon quartier est un peu complexé mais quand l’heure arrive, je sors le pinard et mon doux con-joint (ouais ça devient dur le confinement) à peu près tout ce qui se boit de fort, puis on festoie. On festoie parce qu’on ne peut plus sortir de chez nous (enfin, encore moins que vous), on ne peut plus regarder la TV (sans quoi on se visualise rapido dans un lit d’hôpital), on ne peut plus téléphoner à nos proches sans en avoir pour des plombes, mais qu’au fond de nous, on est toujours les mêmes, deux marseillais d’adoption qui rêvent de profiter du soleil et des collègues fada !

Ce dernier créneau me fait donc rebondir sur un détail journalier qui n’en est pas un : notre interaction avec le reste du monde. Le fait est que cette journée comme toutes les autres, depuis que le dépistage nous a attribué un autre statut social, celui de « malades », sont ponctuées à chaque instant de textos et de messages messenger, instagram, snapchap ou encore d’appels téléphoniques et WhatsApp, de ma mère, de mon père, de mes meilleur(e)s ami(e)s d’à côté comme du bout du monde, de mes cousines, de ma mère, de mon frère, de ma belle-soeur, des parents de mon copain, de ma mère, des grands-parents de mon copain, de ma mère, des collègues de boulot de mon copain, de ma mère, de mes collègues de boulot...

Enfin bref je vous ai dit que ma mère s’inquiétait ?

Fin des articles