Typologie des gens bourrés qu'on croise en soirée

L'alcool est un puissant pulvérisateur. Dans son sillage éthanolé, il détruit l'estime de soi, le discours sensé, les gestes gracieux. Essaie donc de rester sobre en soirée, une fois, tu verras : qu'est-ce que c'est moche, quelqu'un de bourré ! Qu'est-qu'il y en a, des gens qui se transforment en cassos quand ils sont sâouls ! Si tu reconnais tes potes dans cette liste, cours. Si tu te reconnais toi, rappelle ton psy. 

Certains savent y faire avec la vie : ils sont dans le contrôle, mesurés, stables, équilibrés. Certains pas : ils actent sans pondération, sans limites, sans raison. Avec l'alcool, c'est pareil. Certains être humains ne savent pas boire. Ils le font quand même. La consommation modérée est pour certains une option absolument inenvisageable. Alors, au fil des décilitres, c'est une lente chute vers l'indécence, l'hystérie ou la dépression qui s'engage. C'est embarrassant mais fréquent. Où que l'on traîne, passé minuit, si de l'alcool traîne, il y aura toujours un des profils suivants. On t'a dressé une liste pour que tu puisses t'en écarter. 


Le surexcité 

Le surexcité prend beaucoup de place une fois saoûl. Celui-ci, plus enjoué, se contente de sautiller partout et de se réjouir de l'endroit où il se trouve présentement. Un peu comme un gamin à qui on aurait donné la permission de minuit. Comme ça fait un peu de peine, on n'ose pas lui dire de se calmer.


Le gênant 

Passé un seuil d'alcoolémie, il y a celui qui considère qu'il est aussi temps de passer un seuil d'intimité. Les yeux noirs, il s'approche de toi, et, de son haleine putride, il s'adonne à la confidence. Partant de là, c'est la logorrhée personnelle : son sentiment d'échec scolaire à 13 ans, la maladie de sa sœur, la sombre histoire d'inceste. Morgane se souvient : « il y avait cette meuf que j'ai rencontrée à une soirée. Personne n'était assis à côté d'elle, je ne comprenais pas. J'y suis allée pour lui tenir compagnie. Elle m'a parlé de son voyage au Pérou avec ses parents pendant une heure en me montrant des photos. Après, elle a embrayé sur son chat. Enfin, elle m'a raconté les détails d'une maladie qu'elle avait et qui détraquait ses intestins.C'est vrai que c'était triste. C'était surtout hyper gênant. » 


L'affectueux

Dans un élan de tendresse et dans un relan d'alcool, le bourré affectueux a pour objectif naïf d'étouffer tout le monde de son amour débordant. « Je t'aime, toi », qu'il se tue à dire à qui veut l'entendre, connaissance proche ou lointaine. Non soucieux de l'odeur de transpiration qu'il dégage, il garde ses bras en l'air pour signifier à l'assemblée, yeux fermés, qu'il a besoin d'un câlin. Cela m'écorche les doigts de l'écrire, mais s'il fait preuve de beaucoup de non respect de lui-même, il peut même accompagner son geste d'un affligeant : « câââlin ». 


Celui qui a chaud au cul

Retour à la case animale pour celui-là. Dès l'ivresse atteinte, son taux hormonal augmente aussi vite que celui d'un cerf en rut. Ainsi, où qu'il soit, choper devient son leitmotiv. Il alpague toutes les proies sans se soucier du consentement de ces dernières. Généralement, l'animal typique est celui que l'on retrouve dans la fausse aux lions des night clubs. Sur la piste de danse, il vient se coller à l'arrière-train des convives. Ne pas hésiter à le gifler pour lui faire recouvrer forme humaine.  


Le malheureux

D'humeur plutôt stable dans la vie quotidienne, celui-là révèle son fond dépressif après avoir bu un godet de trop. Des trémolos dans la voix, il rend chaque élément vécu personnellement dramatique. D'ailleurs, s'il ne trouve pas matière à déprimer du côté de sa vie perso, il s'approprie le dernier fait divers en chialant : « non mais c'est grave triste quand même, tu te rends compte du monde dans lesquel on vit ». Bah ouais, ouais, c'est triste. 


L'hystérique 

Le taux de décibels de sa voix augmente à mesure de son ivresse. Plus il est saoûl, plus il hurle comme un goret, convaincu que tout l'auditoire doit entendre sa fichue histoire de panda qui bouffe une pomme. Tais-toi


Le mytho 

Sitôt que l'alcool fait son effet, l'individu devient grandiloquent. Au cours de sa vie incroyable, il a rencontré un shaman incroyable qui lui a fait vivre des expériences incroyables. Charline se souvient : « ma meilleure amie, dont je connais la vie par cœur, se met à s'en inventer littéralement une autre lorsqu'elle a bu. Parfois, elle raconte qu'elle est barmaid alors qu'elle est juriste. D'autre fois, c'est plus dark et elle invente des histoires glauques qu'elle n'a à ma connaissance pas vécues. »


Le casse-cou

Convaincu qu'il détient une force surhumaine une fois imbibé, le casse-cou aime jouer avec les éléments extérieurs. Poteaux électriques sur lesquels il grimpe, table sur laquelle il décide de danser mais dont il tombe, voiture à l'arrêt, rien ne lui échappe. Parfois, il se fait mal.


L'agressif

Ce genre d'invividu éprouve une rage intense lorsqu'il a bu. Léo, en parlant de sa meilleure pote, raconte qu'en soirée, cette dernière attendait le moindre élément pour pouvoir se bastonner. « Une meuf la frôlait par mégarde sur la piste de danse d'une boîte, et elle l'accusait violemment d'avoir voulu lui voler son sac. Une autre croisait son regard de façon un peu trop poussée et elle se disait prête à en découdre. Ma pote est une meuf très douce, en dehors de ça. C'est juste que quand elle a bu, elle déchaîne une partie d'elle-même qui reste enfouie le reste du temps. »


Le darkos 

En parlant d'enfouir une partie de soi-même, le darkos est une autre illustration appropriée. Ivre, sa personnalité disparaît au profit d'une autre, absolument opposée. Marie nous raconte l'histoire d'un pote qu'elle en vient à craindre : « Liam est effrayant lorsqu'il a bu. Il se met à fixer longuement les gens, à tenir des propos chelou, à être verbalement menaçant, voir glauque. » Quand son pote est bourré, elle a honte, alors elle fait semblant de ne pas le connaître.


L'incompréhensible 

Le bourré incompréhensible a du mal avec le verbiage. Il essaie de s'exprimer. Il a même une belle histoire à raconter, ça se sent. Mais rien n'y fait : faute d'articulation suffisante, on ne pige pas un mot. Cette personne fait juste sortir un amas de syllabes de sa bouche sans que ces dernières ne suffisent à donner un sens au propos. C'est très peu élégant


L'ingérable 

L'ingérable est convaincu qu'il se trouve en terre conquise dans chaque millimètre carré de la capitale. Du coup, il pisse sur le trottoir d'une rue passante. Il traverse en plein feu rouge, quand les voitures s'apprêtent à redémarrer. Il est un danger pour lui-même, mais surtout pour l'honneur des amis qui l'accompagnent. L'ingérable est sans doute le pire phénomène éméché, parce qu'il est enragé.