Le visage de certains secteurs de Gerland a profondément changé ces derniers mois. Autour de la Cité Jardin et de Debourg, les scènes de consommation de drogues dans l’espace public se sont multipliées, notamment dans les squares et les espaces verts. Une situation qui nourrit un sentiment d’abandon chez certains riverains, certains allant jusqu’à surnommer le secteur « Zombie Land » ou « Walking Dead ».
Derrière ces images particulièrement frappantes se cache surtout une problématique devenue à la fois sécuritaire, sociale et sanitaire. Les services de police et les élus alertent notamment sur la progression du crack, une drogue particulièrement addictive dont la consommation semble désormais beaucoup plus visible dans le quartier.
La première dose offerte pour attirer de nouveaux consommateurs
Les réseaux de trafic auraient développé des méthodes particulièrement agressives pour recruter de nouveaux clients. Parmi elles, la distribution gratuite d’une première dose de crack, destinée à faire découvrir le produit avant d'installer progressivement une consommation régulière. Le phénomène inquiète d’autant plus les autorités que des consommateurs très jeunes pourraient être ciblés, parfois dès l’adolescence. Une stratégie commerciale qui transforme le trafic en véritable mécanisme de recrutement et complique encore davantage le travail de prévention et de prise en charge des addictions.
Cette nouvelle situation pourrait aussi être liée à un déplacement d’une partie des réseaux et des consommateurs depuis d’autres secteurs de la métropole. Après plusieurs opérations ayant fragilisé des points de deal à Vénissieux, Villeurbanne ou Vaulx-en-Velin, Gerland serait devenu l’un des nouveaux territoires de report.
La police tente de reprendre le terrain
Face à la montée des tensions, les opérations de sécurisation se multiplient dans le quartier. Une vaste intervention menée dans le cadre du dispositif « Ville sécurité renforcée » a récemment mobilisé plus de 250 policiers, CRS, agents municipaux et douaniers. Cette opération a notamment permis plusieurs interpellations ainsi que la saisie de centaines de grammes de stupéfiants et de près de 1 000 euros en liquide. Des actions qui visent autant les points de deal que les lieux où se concentrent les consommateurs.
La réponse passe aussi par l’aménagement urbain. À la Cité Jardin, la destruction de certains box et garages doit notamment permettre de supprimer des espaces susceptibles d’être utilisés pour stocker ou dissimuler des produits. La municipalité demande par ailleurs à l’État la création d’une brigade de sécurisation de terrain spécifiquement dédiée à Gerland.
Une « salle de shoot » au cœur du débat
Sur le volet sanitaire, Grégory Doucet défend l’ouverture d’une Halte Soins Addictions, communément appelée « salle de shoot ». L’objectif serait notamment de proposer un lieu médicalisé pour accompagner les personnes dépendantes et limiter les consommations dans l’espace public.
Mais le projet se heurte actuellement à un obstacle juridique : Lyon ne fait pas partie des villes autorisées à expérimenter ce dispositif, contrairement à Paris et Strasbourg. Le maire demande donc une évolution de la législation afin de permettre à d’autres métropoles de mettre en place ce type de structure.
Source : Actu Lyon, Lyon Capitale, Le Progrès et Lyon Mag
