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Première en Europe : les hôpitaux lyonnais vont soigner les infections avec des virus sortis des égoûts

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Antoine Lebrun

Les Hospices civils de Lyon (HCL) viennent de décrocher une autorisation inédite de l’Agence nationale de sécurité du médicament. Concrètement, le CHU lyonnais peut désormais produire et distribuer ses propres bactériophages à usage thérapeutique. Une première en France et même dans toute l’Union européenne.

Derrière cette décision se cache un enjeu colossal : l’antibiorésistance, considérée par les autorités sanitaires mondiales comme l’une des plus grandes menaces du siècle. Avec cette autorisation, Lyon ne se contente plus de suivre la recherche, mais entre clairement dans le cercle très fermé des producteurs capables de fabriquer ces traitements de nouvelle génération.

Les bactériophages, des virus alliés de la médecine

Aussi surprenant que cela puisse paraître, les bactériophages sont des virus… mais des virus “utiles”. Leur spécialité ? Infecter et détruire uniquement certaines bactéries, sans toucher aux cellules humaines. Une précision chirurgicale qui en fait une piste extrêmement sérieuse pour traiter des infections résistantes aux antibiotiques classiques.

Ces phages sont particulièrement étudiés contre des bactéries redoutées comme le staphylocoque doré, certaines souches d’Escherichia coli ou encore les pneumocoques. Une alternative qui ne remplace pas les antibiotiques, mais qui vient compléter un arsenal thérapeutique en pleine crise d’efficacité.

De l’eau des égouts aux traitements injectables

L’histoire lyonnaise a presque un côté science-fiction. Les premiers phages utilisés par les équipes des HCL ont été isolés en 2017 dans les eaux usées d’une station d’épuration de la métropole. Huit ans plus tard, ces micro-organismes sont devenus la base de préparations injectables destinées à des patients en impasse thérapeutique.

Jusqu’ici, la France devait importer ces traitements depuis des structures étrangères spécialisées. Cette production locale marque donc un tournant stratégique, à la fois médical et industriel, en renforçant l’autonomie sanitaire du pays. Selon l’Organisation mondiale de la santé, l’antibiorésistance pourrait provoquer plus de dix millions de décès par an d’ici 2050 si aucune solution efficace n’est déployée. Dans ce contexte, la phagothérapie apparaît comme une piste crédible et surtout urgente.


Source : Entrevue