Coup de gueule #2 : c’est quoi le délire avec les crottes de chiens à Lyon ?

© Jeff Koons

D’ordinaire, on a une vraie conscience professionnelle et on essaie d’être le plus objectif possible. Mais par moment, et comme ce fut déjà le cas par ici, on pète une durite et on pousse un coup de gueule qui nous détend le diaphragme et auquel d’autres Lyonnais peuvent adhérer. Cette fois, on s’attaque au fléau qui envahit peu à peu la ville : les crottes de chiens.


D’après l’article R631-2 du code pénal, « tout propriétaire ou possesseur de chien est tenu de procéder immédiatement par tout moyen approprié au ramassage des déjections canines sur toute ou partie du domaine public communal ». Dans le cas contraire, l'infraction est passible d'une contravention de 1ère classe d’un montant de 35 euros. Pourtant, et ce depuis quelques mois, Lyon croule littéralement sous les crottes de chiens.

Alors évidemment, on n’a pas arpenté toutes les ruelles de la ville en quête d’incivilités mais en nous baladant en Presqu’île, on s’est surpris en train de jouer à la marelle pour éviter les merdes réparties aux quatre coins des trottoirs. Bon, on aime bien sauter à cloche pied et faire un peu de sport pour éliminer nos excès (surtout le camembert rôti au cumin d’hier soir, coucou Les Fromagivores) mais il y a des limites qu’on n’aime pas trop franchir. D’autant qu’on finit souvent par fatiguer et par commettre l’irréparable glissade qui ruine complètement le blanc éclatant de notre nouvelle paire de baskets.

Mais que fait la police ?

Avant d’entrer dans le détail, commençons par tirer le portrait du caca de chiens made in Lyon. Au début, on a droit à l'étron fraîchement coulé qui trône majestueusement sur un coin de trottoir. Mastoque et forcément odorant, ce dernier reste facilement évitable par le biais d’un petit saut de cabri ou d’un réflexe inopiné de dernière minute (à moins qu’on ait le nez sur notre smartphone, ce qui est souvent le cas). Mais après quelques heures voire minutes de vie, le bronze se change vite en une trainé de boue aussi dégueulasse qu’envahissante qui se répand sur plusieurs mètres. La faute aux Lyonnais distraits qui ont (malencontreusement hein, pas par plaisir) glissé le talon sur l’une de ces oeuvres.

Alors qu’on enchaîne les PV pour quelques minutes de stationnement gênant, les propriétaires de chiens malpropres passent souvent entre les mailles du filet policier. Car l’ennui avec les crottes de chiens, c’est qu’à moins de choper le maître en flagrant délit de fuite sans avoir dégainé le fameux sac en plastique, les autorités ont bien du mal à appréhender les truands. Il y a bien l’analyse ADN de chaque fiente mais on nous dit dans l’oreillette que c’est pas encore pour demain… Et comme si les caniveaux n’étaient pas suffisants, de (trop) nombreux toutous sont invités à relâcher la pression au beau milieu de la chaussée. A croire que le caca est une fierté qu’il s’agit d’afficher aux yeux du monde...

La Presqu’île, 20 mille lieues sous les mer(de)s

En Presqu’île, l’enfer du caca est presque partout. Si les grands axes tels que la rue de la République (et encore…), la rue Edouard Herriot ou encore la rue de Brest restent partiellement épargnés, les ruelles adjacentes prennent tarif. De la rue du Port du Temple (aussi connue sous le nom de « rue des filles de joie », pour parler poliment) à la rue Charles Dulin, le bitume a changé de couleur. Et parmi cet océan de déjections, on a sûrement déniché LA voie la plus meurtrie et touchée par ce syndrome sans fin : la rue de Savoie dans le 2e.

Pour résumer le tableau, c’est comme la Savoie mais avec du caca à la place de la neige. Autant dire qu’en cette période hivernale, les chutes sont généreuses… Ici, pas de dameuse à l’horizon : le hors-piste est de rigueur et les passants ont vite fait de glisser sur l’un des obstacles jonchant la rue. Pour être franc, on s’est même demandé si les riverains ne s’étaient pas passés le mot pour venir y soulager leur acolyte à quatre pattes. En même temps, ça doit être sympa : on se retrouve entre propriétaires de chiens, on papote, on se raconte des anecdotes mignonnes et on clame notre amour pour Médor pendant que celui-ci transpire à grosses gouttes en plein milieu du trottoir. L’oeuvre achevée, on lâche une petite blaguounette sur la composition réalisée, on jette sa clope (on essaie quand même d’éviter de la jeter sur la crotte, ça pourrait exploser…) et on tourne les talons pour rentrer à la maison. Vous l’aurez compris, on l’a vraiment mauvaise et on aimerait beaucoup que les gens assument un peu les « mauvais côtés », bien que naturels, de leur merveille poilue.

On ne peut que finir ce monologue par un appel à la responsabilité de chacun et par un message à l’attention des maîtres de chiens : par pitié, tentez d’inciter votre animal de compagnie à viser le caniveau, c’est presque pareil sauf que ça emmerde personne. Et c’est peu de le dire.