On vous présente La Relève, le petit club surexcité qui agite tout Lille

Le club est une espèce essentielle pour la vitalité d’une ville. S’ils peuvent être source de frictions entre pouvoirs publics, voisins et fêtards de tous poils, ils demeurent le plus souvent des espaces où la vie culturelle se fait, s’invente et parfois se défait - sûrement la faute au shooter de trop. Pour les documenter, Le Bonbon lance donc une nouvelle série consacrée à tous les clubs de France et de Navarre, afin de rappeler qu’ils sont là, en embuscade, prêt à emmener les clubbers dans les recoins les plus débridés et les plus hallucinants de leurs pérégrinations nocturnes. On commence avec La Relève, ce petit club lillois explosif.

Situé en plein coeur du quartier Masséna-Solférino, où le nombre de kebabs et de bars est presque insolent, se trouve un petit club survolté, La Relève. “Un petit bunker situé au milieu de la rue de la soif”, nous explique Corentin, le couteau-suisse du club, à la fois directeur artistique, barman et chercheur de solutions inespérées quand tous les esprits de la nuit sont contre lui.  La Relève est un peu à l’image du quartier : jeune, bouillant et agité. 

Le club a été fondé en septembre 2012 par deux cousins, Edward et Romain Dusquennes, deux garçons qui étaient sérieusement destinés à bosser dans le milieu de la nuit lilloise : leurs deux pères respectifs sont en effet eux-mêmes des figures de la nuit locale et ont été propriétaires d’une tonne de boîtes de nuit. “Des padre de la nuit”, précise Corentin. Le nom, du coup, était assez simple à trouver : ce sera La Relève.



Finalement, il est repris il y a un an et demi par Christophe Savey, un personnage atypique qui n’avait à peu près rien à faire dans le milieu de la nuit. Patron d’une grande brasserie en plein centre, Le Paon d’Or, qu’il gère avec ses parents (il y est d’ailleurs toujours du lundi au mercredi), joueur de rugby avec vingt-cinq ans de mêlée dans les souliers, Christophe n’était a priori pas destiné à fréquenter les dancefloors et ses hordes de kids éméchés. Mais comme il nous l'explique, “étant un ancien amateur de musique électronique dans mes jeunes années, je me suis naturellement dirigé vers cet établissement”.

“C’est comme un genre de mascotte ici”, m’explique Antoine Lemoine, l’un des DJ’s résidents du club, officiant sous l’alias Lemoan et membre actif du collectif parisien Reshuffle Music. “Il ne connait rien à la nuit mais à chaque fois que je le croise, il me dit qu’il a découvert de nouvelles choses”. Un personnage tellement emblématique du club qu’il a eu la surprise, une nuit, de découvrir son club rempli de montages photos le représentant à la place de parfaits inconnus. Le coup d’un DJ venu jouer un soir à La Relève et qui avait voulu lui faire une petite blague. “C'est la mascotte du club et le meilleur patron de boite que j'ai connu. J'ai une relation géniale avec lui : il m'a fait confiance à vingt deux ans et m'a laissé les clefs totales de la DA”, résume Corentin.

La Relève, presque déjà un petit monument, donc. Ce club excentrique d’une capacité de 250 personnes (même s’il arrive souvent qu’il atteigne la jauge de 400 personnes en turn-over), fréquenté par un public jeune, mobile et déluré, est en fait un petit joyau qui met en avant tout autant les talents locaux que la jeune garde des musiques électroniques actuelles.

House, minimale ou techno, les esthétiques qui s’y développent sont nombreuses et variées. Tout comme les résidents, au nombre de sept. Des Lillois, évidemment, comme Molek (aka Corentin Mollé), Eidan, Brunzi, Two Many Cars, Goozz, Max’s Mk ou Mathys Lenne, tous issus du gratin des collectifs, labels et disquaires locaux. Mais aussi deux Parisiens, Lemoan et Thibbv, et un Londonien, Massaï. Bref, une sacré énergie musicale diffusée par cette équipe de choc qui fait résonner les disques à pleine balle sur les enceintes du club. 

Mais La Relève, c’est aussi et surtout histoire d’amitié. “On baigne dans environnement vachement friendly, en fait”, poursuit Corentin Mollé. “Le staff n’est composé que de copains. Quand quelqu’un part, on pioche dans notre réseau.” Ce qui contribue à marquer La Relève du sceau de la bonne ambiance familiale. “Au final, c’est un petit club, donc c’est assez familial et la vibe reste toujours cool”. Et depuis la fermeture du Magazine Club (le plus grand club lillois), il n'y a plus beaucoup de concurrents. Le Baron, peut-être, situé à quelques encablures de là. En réalité, les différents staffs se côtoient et s’apprécient. Corentin est d’ailleurs vachement pote avec ses propriétaires. Bref, une histoire d’amitié, encore une fois. Ce que Lemoan confirme : “L’essence même de ce club est l’amitié et la générosité”.

Avec des prix amis, du coup, puisqu’à La Relève, les entrées sont quasiment toujours gratuites, sauf lorsque de gros DJ’s sont bookés, à l’image de Nicolas Lutz, Le Loup ou Oshana dernièrement. Et même dans ce cas-là, le ticket d’entrée n’excède qu’exceptionnellement les 5€. Comptez 6€ pour une pinte, 8€ pour un verre de hard et 3€ pour un shot. Pas mal, non ?

Ce qui n’aide pas le public à rester tranquillement les pieds fixés au dancefloor. Non, à La Relève, on vit la musique avec son corps. Et il arrive donc que ça soit parfois un peu le bordel, comme lorsqu’un client a malencontreusement vidé sa pinte, en pleine soirée, sur la table de mixage. “Le club était plein à craquer et le son s’est directement arrêté parce que la platine ne fonctionnait plus”. Plutôt que de sortir les gens du club, Corentin s’est empressé d’aller chercher une nouvelle table de mixage en réserve, mais n’en a trouvé qu’une toute petite ne permettant pas de brancher les enceintes sur les deux étages. Tant pis, seul le bas sera sonorisé, ce qui n’empêchera pas la fête de battre son plein jusqu’à la fermeture, à 7h du matin.

Si le club s’est peu à peu imposé, à Lille, comme l’une des références en matière de musique électronique, il est aussi l'un des seuls clubs à mettre en avant la culture vinyle : “le seul club où ils tournent tous les soirs” dixit Corentin. Et puis surtout, La Relève est connu pour son fameux bouclard, une expression qui sert à décrire cette jungle ahurissante qui prend d’assaut le club à une certaine heure de la nuit, plongeant alors l’intégralité du dancefloor dans une folie furieuse et hédoniste, où les gens se bousculent sans s’insulter, se sautent dessus et partent s’abreuver de mézi au bar, la spécialité de la boite - en réalité un simple Vodka Get. “Je ne sais pas ce que signifie vraiment ce terme de bouclard, mais bizarrement ce nom correspond parfaitement à l'endroit”, conclut Lemoan, amusé. 

La Relève
14 rue de Masséna, Lille
Ouvert du jeudi au samedi
De 23h à 7h
Entre 0€ et 5€