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Manifestation des pompiers à Lille : pourquoi la colère a explosé cette semaine

undefined undefined 30 janvier 2026 undefined 12h00

Valentine Ballot

Jeudi matin, ils étaient entre 600 et 700 sapeurs-pompiers venus de tout le Nord à se rassembler aux portes de Lille, avant de bloquer le périphérique et la N356, puis de gagner le centre-ville. Une mobilisation d’ampleur, rare par sa forme comme par son intensité, qui pose une question simple : pourquoi cette colère maintenant ?

Un manque d’effectifs devenu intenable

C’est le cœur du problème. Selon les syndicats, il manquerait entre 160 et 200 pompiers dans les casernes du département. Un sous-effectif qui pèse lourdement sur le quotidien des soldats du feu, contraints d’intervenir parfois à quatre, là où six sont normalement requis.

Cette tension se traduit par une sur-sollicitation constante, des délais d’intervention qui s’allongent, et une fatigue physique et mentale de plus en plus difficile à encaisser. Pour les pompiers mobilisés, il ne s’agit plus seulement de conditions de travail, mais aussi de sécurité, pour eux comme pour la population.

La goutte d’eau : la question de la barbe

Si le manque de moyens couvait depuis longtemps, une mesure a cristallisé la colère : l’interdiction du port de la barbe, entrée en vigueur au 1er janvier pour des raisons de sécurité liées au port des masques respiratoires.

Une décision vécue comme incomprise, voire méprisante, par une partie des effectifs. Beaucoup rappellent que cette pratique existait déjà sans incident majeur, et dénoncent une règle imposée sans réelle concertation. En conclusion : le sujet est devenu un symbole d’un malaise plus large entre le terrain et la hiérarchie.

Une mobilisation qui dégénère à Lille

Après un premier rassemblement à la caserne de Bouvines, le mouvement s’est durci. Blocages routiers, feux de palettes et de pneus, usage de fumigènes… La situation s’est tendue aux abords du siège du SDIS 59, puis dans le centre de Lille, où des affrontements ont opposé pompiers et forces de l’ordre, avec usage de gaz lacrymogène.

Des scènes rares, voire inédites, qui ont largement circulé sur les réseaux sociaux. Pour les syndicats, cette radicalisation traduit un sentiment de non-écoute et un ras-le-bol généralisé.

Des engagements arrachés après cinq heures de tension

En fin de journée, le rapport de force a porté ses fruits. Le Département du Nord a annoncé plusieurs engagements concrets : la création de 30 postes de sapeurs-pompiers professionnels en CDI, soumis au vote dès février 2026, un groupe de travail pour permettre 20 recrutements supplémentaires, le remplacement systématique des départs à la retraite et des démissions, et un assouplissement annoncé autour de la question de la barbe, sans sanctions.

Au total, 50 embauches sont désormais promises, une avancée jugée significative par les représentants syndicaux, même si ces derniers restent prudents et vigilants quant à leur mise en œuvre.

Une crise révélatrice d’un malaise plus large

Au-delà des annonces, cette mobilisation met en lumière une tension structurelle autour du financement et de l’organisation du service public de secours. Le Département rappelle avoir augmenté sa contribution au SDIS ces dernières années, mais sur le terrain, les pompiers dénoncent un décalage entre les chiffres et la réalité vécue dans les casernes.

À Lille comme ailleurs, cette manifestation pose une question de fond : comment garantir un service de secours efficace sans épuiser ceux qui le font vivre ? Une interrogation qui, visiblement, ne pourra plus être ignorée très longtemps.

Sources : Ici Nord, TF1, France 3 régions