[ITW] Ben Mazué se confie sur son Paradis

  • Agathe S
  • Pop Culture
  • Publié le 14 Septembre 2021 à 12h00

La justesse de ses mots, la douceur de ses mélodies et son authenticité font de Ben Mazué un artiste unique. Si son 4e album paru en novembre 2020 fut rapidement certifié disque d’or, il est une invitation au voyage dans son Paradis, quelquefois parsemé d’embûches. De ses dernières compositions à son admiration pour Pomme, la simplicité du poète fait l’effet d’une bouffée d’oxygène.

Paradis, c’est l’album qui te représente le mieux ?
Oui. Justement parce qu’il a fallu des albums avant, se trouver artistiquement. Là, je me suis beaucoup plus impliqué dans la réalisation de l’album. Je suis allé au bout de moi pour le faire, et je ne sais pas comment on fait un album autrement. Quand je commence un album avec l’équipe, et qu’il y en a un qui dit que ça va être sympa, je lui dis que non, ça ne va pas du tout être sympa. Ce sera crevant, oppressant, stressant, ce sera beaucoup trop. Mais à la fin l’idée est qu’on sera tous fiers. Ça c’est important. Je leur dis qu’on a envie de retravailler ensemble alors ce sera digne et respectueux... mais alors sympa, carrément pas. 

 
T’as l’impression d’avoir enfin réussi à faire ce que tu voulais ?
Le premier album ne m’a jamais vraiment ressemblé parce qu’on m’a fait faire des choses et travailler avec des gens qui ne me correspondaient pas. Pour Paradis, j’ai un peu plus compris ce que je voulais et j’ai osé le dire. Je me suis affranchi d’un tas d’obligations de l’époque, j’ai grandi, j’ai changé de façon de faire de la musique, je m’écoute beaucoup plus.

 
Ton paradis c’est la Réunion ?  Tu nous racontes ?
C’est inexplicable. Ce n’est pas raisonnable de trouver une telle connexion avec un endroit. C’est comme ça, c’est l’amour. Mais si je devais l’expliquer, je pense que c’est l’état d’esprit dans lequel je me trouve quand je suis là-bas, je suis délesté d’un sentiment d’angoisse. Je ne sais pas si ce sont les paysages, les lumières, les gens... ou si c’est le rythme tout entier de l’endroit qui veut ça.

 
Tu te vois toujours à Paris dans 10 ans ou à la Réunion ?
Je ne me vois pas très loin de mes enfants, donc ça dépendra un peu d’eux. S’ils partent vivre à l’étranger, je vais les suivre. T’imagines, horrible : « - Papa je pars un an à Barcelone. - Bah on part un an à Barcelone, tous ensemble ! »

Tu as collaboré sur une chanson avec Anaide Rozam. Pourquoi cette transversalité ?
Il y a beaucoup d’acteurs qui écrivent leur propres sketches et qui les jouent sur Instagram en se revendiquant comédiens. Anaïde, son humour sur Instagram, c’est la partie émergée d’un iceberg de création qui veut qu’elle soit aussi comédienne et pourquoi pas chanteuse. J’avais un duo qui devait être fait avec une femme, je voulais quelqu’un qui interprète des paroles dites et je cherchais une comédienne que je trouvais forte, et je me suis dit qu’Anaïde était super forte. Quand je lui ai proposé, elle m’a répondu quelque chose comme : « Carrément, j’écoute souvent tes chansons avec ma mère ! » C’est fou le foisonnement des réseaux sociaux qui permet à plein d’artistes de se connecter entre eux, de se parler facilement, de communiquer avec des gens qui te touchent par leur art. Chanter, jouer de la comédie, écrire des livres, des chansons, ce sont des choses très proches.

 
Tu as d’ailleurs trouvé un moyen de jouer sur scène, tu joues la comédie entre chaque chanson.
Jouer ses chansons sur scène, c’est une forme d’interprétation qui ressemble bien sûr à la comédie. Il y a plein de chanteurs qui ont joué la comédie, plutôt bien d’ailleurs. Alain Souchon dans L’Été meurtrier, il est génial. Renaud dans Germinal aussi. J’aimerais beaucoup jouer dans un film aussi, l’objet film est un objet qui m’émeut beaucoup, mais seulement si je pouvais jouer mon propre rôle ou en être proche pour que ça reste dans mes cordes. S’ils me demandent de jouer un rôle de composition, avoir de la technique et être modelé par un réalisateur, ce serait horrible.

 
Tu penses que la pandémie a été bénéfique à ta création artistique ?
Ça a eu un impact sur mon planning, ma profession, la sortie de l’album, la tournée, mais très peu sur la création artistique. Je me suis refusé à ce que ça ait un impact sur moi en me disant que beaucoup de gens allaient écrire sur ça, et j’avais raison. J’étais en train d’écrire mon album, j’avais déjà le thème et l’idée, et je me suis simplement isolé.

Parle-nous d’une anecdote marrante de ta carrière.
Mes potes sont toujours très déçus par la qualité des mes histoires, parce qu’il manque toujours une belle chute. Mais bon, allons-y ! J’ai toujours eu des liens très proches avec les Francofolies de La Rochelle, parce qu’ils organisent un dispositif pour aider les jeunes artistes qui s’appelle « Le chantier des Francos ». Peut-être 2 ans après avoir fait le chantier, ils me proposent de faire un guitare voix pendant 10 minutes sur l’énorme scène pendant les changements de plateaux, le temps que l’artiste suivant se mette en place. On finit la dernière chanson, et pour marquer l’évènement, on demande aux gens de lever les bras en l'air pour se prendre en selfie avec les 12 000 personnes. Au moment où je me prends en photo, je vois le régisseur de la salle qui me regarde l’air très énervé. Je n’avais pas réalisé que j’avais fait 23 minutes, au lieu de 10. Après moi, c’était Gad Elmaleh, et il n'avait pas le temps de faire plus long, donc il a dû raboter son spectacle d’un quart d’heure. Tout le monde était très, très, très en colère. Le soir, le patron des Francos est venu me voir et m’a dit : « Tu sais combien ça coûte un quart d’heure de Gad Elmaleh ?! »

 
Quelle est la collaboration qui t’a le plus marqué ?
Pomme. Je l’ai rencontrée quand elle avait 16 ans, elle venait de signer dans une maison de disques qui voulait la faire travailler avec un auteur-compositeur qui lui aurait écrit ses chansons. C'est dans ce contexte que je lui ai écrit "La même robe qu’hier". Elle a ensuite osé leur dire que ce n’était pas ce qu’elle voulait faire. Son parcours m’a beaucoup marqué, je me suis dit qu’en fait, il faut s’écouter, c’est important d’aller au bout de son crédo. Et puis aussi parce que, quand je lui demande si elle veut faire une chanson avec moi, elle dit toujours oui. Elle se fiche du qu’en dira-t-on. Un jour, je lui ai proposé une session acoustique d’un morceau, et ça a été la vidéo la plus vue pour moi, largement. Ce succès, ça soude. Le fait de la voir progresser, éclore et devenir une personne importante de mon industrie, c’est très beau à voir.

 
Où est-ce qu’on peut te croiser à Paris ? Tes spots préférés ? 

À Ménilmontant. Je suis tout le temps par là. Un de mes spots préférés, c’est un petit bar qui s’appelle La Pétanque. J’aime aussi beaucoup Le Floréal, le parc de Belleville. Et je vais pas mal au bois de Vincennes.

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