[ITW] Marc Rebillet, le phénomène

Dans une contrée fort lointaine, il y a plusieurs décennies, un énergumène totalement atypique voyait le jour. En grandissant, ses parents s’inquiètent : l’enfant a trop d’énergie à revendre, passe son temps à amuser la galerie. Déjà artiste dans l’âme, le piano et le théâtre n’auront pas raison de son excitation. Trente ans plus tard, Marc Rebillet n’a pas changé. Ou presque. Son talent a grandi, mais il est resté le même enfant sauvage. Sur YouTube, Facebook et autres réseaux, ses vidéos montrent un musicien accompli coincé dans le corps d’un adolescent turbulent. Et ça plaît. Beaucoup même, puisqu’en seulement deux mois, le bellâtre a réussi à faire parler de lui dans le monde entier.

  

Qui est Marc Rebillet ?

C’est un idiot professionnel. Aussi simple que ça. Je fais juste l’idiot pour de l’argent, ce qui est un travail très sympa. Je n’aurais jamais cru avoir un boulot dans ce genre, et pourtant !


Comment en es-tu arrivé à la musique ?

Je joue du piano depuis que j’ai 4 ou 5 ans. J’ai commencé à faire de la musique de façon plus "sérieuse" il y a dix ans. J’étais à l’université à l’époque, en théâtre, et j’ai arrêté après la première année. Déterminé à vouloir essayer d’apprendre à faire de la musique. J’ai attrapé un clavier, Logic Pro (logiciel de création musicale, nldr) et j’ai compris peu à peu comment tout ça fonctionnait.


Pourquoi avoir arrêté l’université ?

C’était un choix personnel. Bizarrement, cette année à l’université m’a rendu complètement indifférent au théâtre. Je ne sais pas si c’est le programme ou les professeurs ou autre chose… Peut-être que c’était juste personnel, mais je n’avais plus envie de jouer. Je trouvais ça stupide de dépenser des dizaines de milliers dans une éducation que je n’étais pas sûr de vouloir. Mes parents n’étaient pas ravis, mais c’est cool ! (Rires)


Qu’est-ce qu’ils te faisaient écouter quand tu étais petit ?

Ma mère écoutait beaucoup de Motown Records, de soul… Pas mal de The Four Tops, The Temptations, James Brown, Otis Redding… Mon père aimait ça aussi, mais il était plus dans le classique et l’opéra. La musique orientale aussi. Donc pas mal d’influences différentes en grandissant. C’est comme ça que j’ai appris à aimer le funk, la soul et le hip-hop. Et énormément d’admiration pour le classique et l’opéra, que j’écoute tout le temps.

Ton style de musique, tu le ranges dans quelle case ?

Je le décrirais principalement comme un mélange funk-dance-soul sur une grosse base de hip-hop – en termes de structure et beats. Évidemment, avec une bonne dose de comédie et d’absurde. La plupart du temps inventé et improvisé.


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Pourquoi pas un album ?

Quand j’arrêterais de passer autant de temps sur ma tournée, j’aimerais beaucoup me poser quelques mois et en faire un. Ça me rendrait plus qu’heureux. Avant même d’acheter ma boîte à loops et commencer à faire mes vidéos, mon objectif était de faire et produire des instru’ pour rappeurs. J’adorerais composer sérieusement. Je n’ai juste pas le temps en ce moment…


Du coup, l’improvisation.

C’est principalement parce que je suis un gros flemmard. (Rires) Je préfère ne pas avoir à travailler trop dur ou trop longtemps sur un truc. Ce setup me permet de faire des choses dans l’instant, sans avoir à trop y réfléchir. Et passer directement à autre chose. Je pense que c’est aussi intéressant à voir, en vidéo comme sur scène. Tu n’as pas envie de regarder pendant six heures quelqu’un faire un arrangement. C’est ennuyant.


Comment tu expliques ton récent succès ?

C’est juste fou. Je ne sais pas. Je pense que ce qu’il s’est passé, c’est que mon Facebook est monté d’un coup. Principalement quand l’Europe s’est mise à partager mes vidéos comme "Summertime". Puis ça a touché les États-Unis. En un mois, je suis passé de 3 000 likes à 150 000. C’est incroyable. J’essaye d’en profiter un maximum.


Tu ne crains pas que ça parte aussi vite que c’est arrivé ?

Oh mon Dieu, si ! C’est la chose dont j’ai le plus peur. Chaque jour, c’est une peur et une anxiété à laquelle je pense constamment. Avec laquelle je lutte. Internet est quelque chose d’ignoble et d’imprévisible. Les gens adhèrent à un truc très vite, et s’en lassent tout aussi rapidement parce que ça ne les intéresse plus. L’objectif, c’est de rester intéressant, continuer à donner du contenu différent. Je ne veux pas devenir un meme.


Qu’est-ce qui te motive le plus à faire de la musique ?

Aucune idée. (Rires) Le truc, c’est que j’ai fait énormément d’efforts au tout début. Maintenant que ça commence à payer, plus besoin de lutter autant qu’avant. J’ai des concerts, un booking chargé jusqu’à la fin de l’année prochaine… Cette partie du taf est faite. Donc moins de pression. Je pense que ce qui me motive réellement aujourd’hui, c’est justement ce dont on vient de parler. Cette peur de finir dans l’obscurité. Que plus personne ne veuille payer pour me voir, ou simplement regarder mes vidéos… C’est une lutte très égocentrée. Mais c’est la peur de l’échec qui me motive.


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Donc si tu perds tout, plus de motivation.

Non, à vrai dire, ça pourrait peut-être même encore plus me motiver… Je ne sais pas. J’ai l’impression d’être suspendu à une falaise du bout des doigts. Chaque vidéo ou show est un effort pour mieux m’agripper et essayer de remonter sur la terre ferme. Sauf qu’il y a toujours le danger de tomber de la falaise… Et mourir. (Rires)


Tu as déjà pensé à tout abandonner ?

Avant que je commence à gagner ma vie, tout le temps. Juste avant de perdre mon dernier boulot et que j’essaye de me dégoter des dates à Dallas, j’étais à la limite de tout plaquer. Je me disais constamment : « C’est stupide, je travaille pour trois fois rien, je n’y arrive pas. Je devrais tout simplement arrêter de rêver de musique et faire autre chose. Ou juste pour le fun de temps en temps. »


Qu’est-ce qui t’a maintenu sur les rails ?

Je ne me suis jamais vraiment posé la question, à vrai dire. J’ai passé un mois très compliqué à me battre pour obtenir des dates. J’en ai eu une première, puis une seconde… À partir de là, ça a eu un effet "domino". En deux mois, j’ai fini par avoir 3 à 5 shows par semaine, et les dés étaient jetés.


Ta famille comprend-elle ce que tu fais ?

Au début, ma mère pas trop. Ce qu’elle n’aimait pas particulièrement, c’est la vulgarité et la sexualité présentes dans mes vidéos. C’est une femme gentille, douce et généreuse, loin de ce registre humoristique. Mais elle est fière et me soutient, elle est même venue me voir en concert à New York ! Mon père, malheureusement, n’aura jamais pu voir ça car il nous a quittés en août dernier. Je sais qu’il aurait adoré parce qu’il a passé toute mon enfance à me pousser à faire quelque chose comme ça. « Tu dois monter sur scène, tu dois performer. Tu dois chanter. Le reste, tu t’en fous. » Ce n’est pas ce que je voulais à l’époque, j’étais plus jeune. Je voulais juste fumer de la weed et traîner avec mes potes. (Rires) Mais il avait raison. Je voudrais tellement qu’il puisse me voir aujourd’hui, parce que je sais qu’il aurait encore de nombreux conseils à me donner. J’espère qu’il aurait été fier.


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Tu as toujours été aussi fou ?

(Rires) Oui, je pense que oui. J’ai toujours été très sociable, très animé. N’importe lequel de mes amis te le confirmerait. J’ai toujours eu beaucoup d’énergie. Après, bien sûr que mes vidéos et spectacles sont une caricature exagérée de ça. Mais c’est une part forte de ma personnalité, depuis toujours.


C’est quand la dernière fois que tu as dû être vraiment sérieux ?

Probablement ces dernières années de ma vie, quand mon père ne se sentait pas très bien. Ça nous a forcés, avec ma mère, à travailler en équipe pour s’occuper de lui. On lui rendait visite tous les jours, pour lui rendre tout l’amour qu’il m’a donné pendant mon enfance. Quand il nous a quittés, c’était très sérieux, et très dur. Mais c’est quelque chose dont tu te sers. Tu essayes d’utiliser ces sentiments, émotions et souvenirs pour te motiver à continuer. Je me suis servi d’un sourire et de la joie pour combattre ces mauvais moments, et c’est exactement ce qu’il aurait voulu.


Une dernière chose : Rebillet, ça fait vachement français comme nom.

Et c’est vachement français. (Il se met à parler en français) Moitié français, moitié américain. Double nationalité. Deux passeports. (Rires) Mon père est Parisien, ma mère est Américaine. 


Mais alors tu parles français !

(Toujours en français) Pas très bien, mais depuis que je suis tout petit je le parle.


Et tu as habité à Paris.

Oui, j’ai vécu un an du côté de Passy, dans une chambre de bonne sous les toits au 6e étage sans ascenseur… Je pense que pas mal de personnes se reconnaîtront ici ! (Rires) J’avais une vue magnifique sur la Tour Eiffel, de très gentilles voisines scandinaves, ma petite cave à vins dans la rue et ma petite boulangerie pour un jambon-beurre. C’était très cool. Malheureusement, je travaillais comme un serveur dans un diner américain (Breakfast In America dans le 4e, ndlr) et je n’arrivais pas à payer mon loyer. La musique ne marchait pas non plus pour moi, donc j’ai dû retourner aux USA. J’espère pouvoir un jour retourner m’installer à Paris, c’est une ville incroyable – si on a les moyens d’y vivre.

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