Jazz Museum

A 69 ans, Alain Marquet, jazzman réputé, n’en finit pas de collectionner les objets et les aventures autour de sa passion. Dans son Jazz Museum, au 68 de la rue du Poteau, on voyage à dos de notes bleues.

Alain Marquet, le propriétaire de la boutique Jazz Museum, est le seul vendeur dont la boutique est envahie d’articles qu’il ne veut pas vendre. La plus grande partie des armoires sont occupées par sa collection privée. « Je n’ai plus de place chez moi », se justifie-t-il.

Dans tous les coins, on tombe sur des antiquités, comme ce gramophone Torrens à manivelle en parfait état de marche alors qu’il date des années 30. « Les gens veulent me l’acheter, mais je ne peux pas m’en séparer. »

Sur une étagère, on peut trouver cet exemplaire du premier disque de jazz jamais pressé, “Original Dixieland Band” de 1917, où tous les membres étaient Blancs, à côté de quelques centaines d’autres issus de 50 ans de collection. « Parfois, j’en cède un pour faire plaisir. »

A 69 ans, il ne travaille plus pour vivre. Mais pour sa passion, le jazz. Comme il n’est pas adepte de la retraite à pantoufles, il a ouvert cette petite échoppe. Elle est devenue pour lui une façon de rencontrer des gens : « Ici, il y a pleins d’artistes. J’en connais qui ont accompagné Django, Brel ou Trénet. Ce sont eux qui ont les meilleures histoires. »

Une façon d’enrichir son musée. Ce qu’il est prêt à céder se trouve dans la vitrine et sur quelques tables : des tourne-disques Tépaze remis à neuf, des 33 tours et quelques raretés comme des transistors des années 50.

« Celui-là, je l’ai acheté à Pierre Lescure », dit-il en désignant celui décoré d’une pièce de métal gravée façon western. « Si je le revends, ce sera pour le même prix que je l’ai eu. » Pour le rencontrer, en revanche, mieux vaut s’y prendre à l’avance. « Ah non, pas demain ! Je pars à La Rochelle… »

Alain joue avec son groupe très souvent à Paris (au Petit illustré ou à la Huchette) ou ailleurs. Cette semaine en Charente, la semaine d’après à Genève. « C’est pour ça que je ne travaille que sur rendez-vous. » Jongler entre sa clarinette et ses obligations professionnelles, il fait ça depuis 50 ans.

Il est même parvenu à concilier sa passion avec la direction de sa boîte de matériel médical. « Il m’est arrivé de partir de Munich le dimanche à 2 h du matin, pour arriver au petit jour, un peu fébrile », se souvient-il.

Il a été pris par le tourbillon du jazz à 17 ans quand un copain l’a initié au style de New Orleans et de King Oliver, LA référence du swing. « Moi, j’aime quand ça balance », lance-t-il avant de poser le saphir sur le disque du roi du jazz. « Deux trompettes qui lisent la mélodie, le trombone fait les transitions et la clarinette joue autour », résume-t-il.

« Après, il faut essayer de s’en approcher… » Dès 18 ans, il participait au premier festival de jazz d’Europe jamais organisé, celui d’Antibes. Cinq ans plus tard, il faisait la première partie de Louis Armstrong. La consécration est venue en 1973, quand il reçut le prix Sidney Bechet.

120 disques enregistrés plus tard, le voilà dans sa petite échoppe nichée dans son 18e chéri. Il a des projets plein la tête, comme de faire un livre de pochettes de disques. « Il me faudrait 30 vies pour faire tout ce que j’ai envie de faire ».

Jazz Museum
68, rue du Poteau – 75018 Paris
 
®Texte & photo Jérôme Cohen
La Rédac'