Paul-Jérôme Renevier : allô maman porno

Paul-Jérôme Renevier est l’auteur du livre Bienvenue à Pornoland et sûrement un des seuls vrais journalistes qui a fait carrière dans le milieu du porno. Il nous a donné son avis sur ce qu’était le milieu aujourd’hui. Car la nuit c’est aussi ça.

 

 

Paul-Jérôme qui es-tu ?
Je suis responsable éditorial de la chaîne XXL, je m’occupe au sens large de toute la plateforme VOD de la chaîne AB, et je suis consultant sur tous les projets qui ont trait au porno pour le groupe AB.

Comment en vient-on à travailler dans le porno ?
Par hasard, je ne me destinais pas du tout à ça. J’avais fait une maîtrise de droit et j’étais journaliste sportif. Après cinq au Parisien, je me suis retrouvé au chômage, puis j’ai vu une annonce dans Hot Vidéo. Ces derniers cherchaient des journalistes. Je suis donc allé voir et on m’a dit qu’on pouvait gagner de l’argent assez facilement en voyageant tout le temps. Même si je n’ai jamais été un fan de porno comme plein de mecs, j’en ai regardés et je connaissais deux ou trois actrices. Je me suis dit que ça ne serait pas plus con qu’un autre boulot.

J’étais le premier journaliste chez Hot Vidéo à avoir une carte de presse, j’avais des réflexes journalistiques que n’avaient pas les autres personnes qui eux étaient plutôt des fans qui voulaient aller sur des tournages.

Comment a réagi ton entourage lorsque tu leur as annoncé que tu travaillais dans le porno ?
Très mitigé. Tous les gens de ma famille sont des gens intelligents, donc personne ne s’est braqué. Ils m’ont fait confiance mais il y avait quand même quelques inquiétudes. Ils ont vu que je m’épanouissais car finalement je n’avais jamais vraiment voyagé et là je partais toutes les semaines. J’ai eu très vite beaucoup de responsabilités. J’étais un peu le rédacteur en chef adjoint, je faisais de la télé et puis j’ai sorti un bouquin ; donc mis bout à bout mes proches ont trouvé que j’avais fait quelque chose de bien de ce job. Mes plus grosses inquiétudes venaient surtout de ma gardienne, ma voisine, mais j’ai toujours pris le parti de ne jamais me cacher.

Et avec les femmes ?
Mon ex-copine n’était pas très fan mais elle l’a accepté car c’était mieux qu’être au chômage. Et puis je suis un garçon sérieux. Un mec qui ne va pas batifoler avec les actrices. Ma femme et moi, nous nous sommes rencontrés car elle travaillait dans l’immeuble de Hot Vidéo. Elle savait donc à quoi s’en tenir. Je lui ai prouvé qu’elle pouvait avoir confiance en moi, et puis elle ne m’a jamais mis la pression, ce qui est très intelligent de sa part.

 

 

Quel est ton regard sur le milieu du porno aujourd’hui ?
Il faut que je prenne du recul… J’aurais tendance à te répondre à un niveau économique mais ça, ce n’est pas ce que tu attends. Ce qui est certain, c’est que ça n’est pas du tout ce qu’on imagine : les gens n’ont pas plein de tunes et le nez dans cocaïne tout le temps. Il y en a mais pas plus que dans la mode ou chez les DJ. On est très loin des idées précon- çues.

Concernant les actrices, on dit que ce sont « des pauvres filles » : ça n’est pas vrai dans le sens où ça leur apporte de faire du porno, elles se sentent valorisées, on les regarde. Mais le cliché un peu vrai, c’est celui de la petite nana de province qui n’a rien dans sa vie et qui fait du porno pour exister. À 95 %, elles sont lucides sur leur situation même si elles se mentent sur leurs idées de reconversion et sur le fait que le porno va les suivre toute leur vie.

Sur le porno en lui-même, j’en suis devenu un vrai défenseur. Pas tellement parce que je le connais, mais parce que j’ai vu et entendu beaucoup trop de réactions stéréotypées qui sont vraiment d’un autre âge. Dans mon bouquin, j’ai consacré un gros chapitre au fait que lorsque tu vas sur Internet, il y a des centaines, voire des milliers de nanas qui se foutent à poil sans qu’on ait besoin de leur filer du fric mais qui veulent juste être photographiées en train de baiser. En 1985, une nana qui se foutait à poil était une grosse salope, aujourd’hui c’est juste une photo sur Facebook. Du coup, le porno c’est un des fantasmes ou une carrière qu’une fille aura envie de faire deux ou trois ans dans sa vie. La chatte de plomb, c’était dans les années 1970…

C’est quoi le futur du porno ?
Ça n’est pas très brillant, ni excitant et c’est triste. C’est un peu ce qu’est devenu le journalisme : il n’y a plus que des gens qui cherchent à exister à travers le buzz. Ça devient rarissime d’exister en ne faisant que de l’information. Le porno c’est pareil. C’est de la surenchère. Il y a de plus en plus de parodies de séries américaines, des films comme La Vérité si je bande, Ma sorcière bien-baisée… ça n’est malheureusement plus le porno de nos pères. À l’époque, il y avait de vrais réalisateurs. Aujourd’hui tout le monde peut faire du porno, mais du mauvais.

 

 

Mais c’est quoi finalement le porno? Comment le définit-on ?
À partir du moment où il y a un rapport explicite, tu sais que c’est du porno.

Quelle est la liaison entre l’univers de la nuit et le milieu du porno ?
C’est de l’ordre de l’individu. Les gens qui ont envie de s’amuser sont assez loin du profil des acteurs porno. Une actrice, après avoir couché avec plusieurs mecs, n’a pas forcément envie d’aller faire la fête.

Tu as des adresses un peu coquines intéressantes ?
Tu en as sûrement plus que moi (rires). Il y a les soirées travesties au Folie’s qui sont complètement dingues.

 

Propos recueillis par Irina Aupetit-Ionesco / Sr : R.B-P.

La Rédac'