Izia : fille de, mais pas que.

Sa gouaille, ses textes, sa voix, ses prestations scéniques, et son désormais célèbre “Putain” aux Victoires de la musique nous avaient déjà largement convaincus. Izia, est un enfant sauvage est doté d’une énergie, d’une passion et d’un bouillonnement débordant. Ce portrait en est la confirmation. La voix pétée par cinq heures de répét’, elle me raconte avec peps et douceur comment tout la construit sans vraiment la changer.

Izia en couv' du Bonbon Nuit - © Nicolas Delorme

Depuis toujours ou presque, Izia baigne dans la musique. De par sa famille d’abord, bien sûr. Un papa Higelin, une maman danseuse, un frère Arthur H. Et elle n’éprouve aucune gêne à en parler, au contraire, c’est pour elle une fierté, un sujet qu’elle aborde avec amour et qu’elle n’imagine pas pouvoir taire. « Je n’ai pas du tout le complexe de “la fille de». En tant qu’artiste comme en tant qu’homme, elle l’adore et estime qu’il a insufflé une énergie au rock français comme personne à l’époque. « C’était pas un rockeur du dimanche, il arrivait sur scène en combinaison zèbre et à cheval, quoi! ». Sur sa mère, elle ne tarit pas d’éloges non plus, la comparant à une héroïne sans qui « la maison serait un naufrage » et qui l’inspire comme personne. D’elle, elle a hérité une énergie et une positivité qu’elle attribue à son origine méditerranéenne. « Je suis 50 % Tunisienne, c’est mon côté soleil et huile d’olive », dit-elle en riant.

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Mais tout ne vient pas de là, ce serait trop simple. Si sa tribu lui a appris la liberté, la joie et le respect des autres, c’est toute seule qu’elle est devenue une artiste. On sent chez Izia un besoin vital de faire de la musique, famille ou pas, et vers ses 10 ans, elle s’amusait déjà à chanter des « bêtises » qu’elle définit comme un doux mélange de France Gall et d’Amel Bent. Heureusement pour nous, elle s’est vite affirmée en écoutant en boucle Nirvana, Marilyn Manson, les Beatles et en apprenant à jouer de la guitare. « Je fumais des Camel Light, je buvais de la 8/6, je portais des baggys, j’étais complètement déglingo, tu vois », ironise-t-elle. Elle peut se moquer d’elle-même tant qu’elle voudra, tout le monde n’a pas fait son premier concert à 15 ans et terminé son premier album à 19.

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Deux albums plus tard, l’envie et l’enthousiasme sont toujours là, mais d’une manière un peu plus affinée, adulte peut-être. Sa voix, c’est un thème qui revient souvent quand on aborde So Much Trouble. Elle a voulu lui trouver un écrin, un lyrisme, avec des vraies envolées et des mélodies plus approfondies. Elle a aussi eu d’autres influences, plus pop, plus new wave, « plus barrées », comme Pulp ou Blondie.

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Quand on lui demande de quels artistes hexagonaux elle se sent proche, on peut difficilement l’arrêter. « La nouvelle vague me passionne et je suis fan des Gush, des Stuck in The Sound ; José (le chanteur des Stuck) est un très bon pote, on a composé quelque chose ensemble d’ailleurs, j’aimerais beaucoup que ça sorte, sa voix féminine et ma voix masculine se marient hyper bien. Y’a aussi les Naive New Beaters, que j’adore, les Brigitte, Adanowsky, les i Am un Chien… »

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Pari gagné poupée

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Si jeune, avec autant d’amis et autant de dynamisme, on l’imagine fêtarde ne s’arrêtant de danser qu’au petit matin. C’est à la fois vrai et faux. Dans son XVIIIe arrondissement, elle a du mal à sortir de chez elle sans tomber sur des dizaines de connaissances et quand elle part acheter une baguette à midi, elle rentre à 20 h 30, ayant passé la journée à jongler entre les imprévus et les rencontres surprises. « Le XVIIIe, c’est une colocation géante » où elle a ses habitudes, son petit café pourri, et ses QG, pas loin. Le Bus Palladium, d’abord, tenu par son ami Cyril Bodin, où elle traîne avec les Gush et les Stuck. Le Lautrec aussi, parce qu’elle aime aller y écouter Black Minou certains jeudis. Et pour les nuits plus longues « le Baron et le Montana, comme beaucoup de gens. »

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Mais ayant récemment eu une prise de conscience l’amenant à considérer son corps comme un temple, elle n’est plus aussi excessive qu’avant, ne mange plus de Mac Do « et toutes ces conneries », ne boit plus d’alcools forts, s’en tient au champagne et au vin rouge, dont l’ivresse « fluide et créative » l’enchante. Certains soirs, aussi étonnant que cela puisse paraître, elle réussit même à rester chez elle et à buller devant des films avec son amoureux (musicien également, dans l’électro, mais on n’en saura pas plus…).

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Quelques jours plus tard, elle remportait le Globe de cristal de la meilleure interprète féminine de l’année, la Victoire de l’album rock de l’année et So Much Trouble était certifié disque d’or. Pari gagné, poupée.

 

 

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Retrouvez l’intégralité de l’interview dans Le Bonbon Nuit.

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Izia — So Much Trouble
Site : www.iziamusic.com

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© Texte : Manon Troppo / Sr : R.B-P.

La Rédac'