Vite vite, il ne vous reste plus que quelques jours pour aller voir l’expo Diane Arbus à la galerie du Jeu de Paume. 200 clichés de la grande photographe new-yorkaise dès le 18 octobre. Retour sur son parcours et petit guide de survie.
L’expo.
De la queue, forcément, et une troupe de dociles amateurs se suivent, photo après photo. Notre conseil : vivez l’expo à votre manière puisque les commissaires le disent eux-même : libre interprétation, aucun chemin imposé pour les clichés.
Dérangeante et amusante. L’artiste est connue pour son amour des gens « hors norme »… à vous de voir.
Retour sur le parcours de Diane Arbus.
J’ai vu, revu une centaine de ses clichés, lu l’histoire de sa vie. La cinéphile et la femme ont été ébranlées jusqu’à n’en plus dormir. Ses portraits étranges de spécimens “hors normes” mêlés à tous ces gens “très normés” de l’Amérique des années 60, laissent sonné et rêveur comme après un film de David Lynch. L’humanité, dans ce qu’elle a de plus monstrueux et d’ordinaire, y apparaît terrifiante, vraie.
Porteuse d’un présage funeste. Après 12 années d’une production de plus en plus sombre qui révolutionnera l’art photographique mais aussi l’art visuel tout entier, Diane Arbus se suicide en 1971 à 48 ans. La frêle et perpétuelle émerveillée Diane Arbus, dont Avedon dira qu’elle était « un génie accro au danger », a-t-elle fini par se confondre avec son œuvre ?
Avant de flâner au Jeu de Paume, il faut s’arrêter sur la vie de cette artiste singulière. Née à New York en 1923 dans une riche famille juive, Arbus passe une enfance dorée, coupée du monde et baignée dans un climat d’irréalité qu’elle n’aura de cesse d’exorciser. Mariée à 18 ans avec Allan Arbus, un photographe de mode dont elle aura deux filles, elle débute sa vie en mère parfaite et rangée. Ce n’est qu’après sa rupture avec Allan, à 39 ans, qu’elle démarre son travail personnel.
Elle se passionne alors pour tous les êtres peu regardables et va se constituer sa propre famille d’antihéros, de monstres et de tous ces oubliés de la société à travers le regard qu’elle pose sur eux, dénonçant les mensonges et les impostures de l’Amérique qu’elle se met en devoir de disséquer.
Mais l’œuvre d’Arbus n’est pas qu’un catalo- gue étrange des bizarreries de la nature : sous l’insistance de son œil, les êtres les plus anodins deviennent eux-mêmes des monstres. Ce qu’elle photographie, c’est le déséquilibre de la société américaine des années 60, à travers une série de portraits insoutenables de vérité. Elle y dénonce une Amérique engluée dans l’interdit, faite de damnés, de sans-abris.
En montrant des cas sociaux et des existences invivables ou peu enviables (nudistes, travestis, et couples mal assortis dans leur chambre à cou- cher et salles de bain misérables), son intention était de dénoncer les normes et toutes les insti- tutions qui légitiment socialement l’existence.
Diane Arbus
du 18 octobre 2011 au 5 février 2012
Musée du Jeu de Paume
http://www.jeudepaume.org ® Clotilde Aubin / SR Pascaline Lechene – Diane Arbus






























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