Concrete - le bonbon - ©DR

La Concrete : personne n’en redescend

La culture de l'after se réinstalle à Paris

Il semblerait que la culture after s’installe enfin durablement dans la capitale. Pour preuve, les Concretes sont devenues ces derniers mois des matinées incontournables. Brice, l’un des capitaines de ce love boat pour déglingos, nous explique la genèse de cette aventure électronique. Cap sur le parcours d’une bande de tordus à la française.

Ça faisait un bout de temps qu’on attendait un after digne de ce nom à Paris. Glauques, souvent trop décadents, les afters auxquels on a été accoutumés nous ont fait peu à peu oublier qu’ils pouvaient être aussi synonymes de fêtes et de découvertes musicales. Brice m’éclaire d’emblée sur les motivations de son crew : « À force de sillonner les clubs aux quatre coins de l’europe, on a espéré importer ce concept que l’on retrouve très peu en France. On a voulu se rapprocher de l’ambiance qu’on pouvait côtoyer au bar 25 à Berlin, avec une atmosphère festive et une vraie prog’. » Pour rappel, le bar 25 était le repère incontesté des derniers survivants des clubs berlinois. Le site, au bord de la Spree, était jonché de balançoires bancales, on pouvait y croiser des diseuses de bonne aventure sous des kilos de confettis en écoutant des skeuds de Villalobos. Autant vous dire qu’à Paris, on a encore du chemin à faire en termes d’imagination.

En termes de cadre cependant, les Concretes n’ont rien à envier à leurs cousines germaniques, puisqu’elles se déroulent sur un bon gros raffiot en bord de Seine, et offrent la promesse d’épiques levées de soleil sous lunettes noires. Et sur ce bateau aux dimensions titanesques qu’il faut faire tanguer, le choix des DJ est primordial: « On a d’abord fait le choix délibéré de n’inviter aucun dj parisien, hormis notre résident Grego G. C’était une façon pour nous de nous distinguer des éternelles résidences des soirées parisiennes.» Donc pas surprenant si l’on voit se succéder derrière les platines des pointures comme DJ Qu, Levon Vincent ou dernièrement Joy Orbison, petit génie de la dubstep made in London. « Nombreux sont les Parisiens qui écoutent des dj sets via Soundcloud. Nous, notre kiffe, c’est de les faire venir jouer ici pour les écouter en live. de plus, grâce à l’étendue de notre lieu et du temps dont dispose, on peut se payer le luxe de faire jouer les artistes pendant 3-4 heures, ce qui est rare en France. Ça leur permet d’avoir plus de liberté et de construire des sets de meilleure qualité. »

Nous en venons finalement à mettre les pieds dans le plat, et posons sur la table le sujet épineux de la drogue, à première vue indissociable du mouvement after. «On ne peut pas nier la présence de la drogue dans le milieu du clubbing, me confie-t-il. Surtout quand il s’agit d ’une fête dont le principe même est de faire dans la durée. Ne me faites pas croire que la red bull possède des vertus que j’ignore encore. » Mais Brice travaille sur ce qui pourrait devenir un problème, et a commencé à instaurer le « toute sortie est définitive » pour dissuader les mecs de consommer sur les quais. « Nous avons aussi renforcé les contrôles à l’entrée. Mais gérer plus de 1 000 personnes relève de l’impossible.»

Enfin, et cela est mal connu, l’organisation d’afters peut parfois être un vrai casse-tête : « On sait que les fêtards qui débarquent à 7 h du mat’ préfèrent une ambiance un peu plus reposante que ceux qui ont choisit de sacrifier leur samedi soir pour venir profiter de la journée.» L’enjeu est aussi là, à savoir placer stratégiquement les bons pions au bon moment pour couvrir une bande-son de 7 h à 14 h, tout en contentant l’ensemble du public. Aux dernières nouvelles, leurs traversées n’ont connu aucun naufrage. On ne peut que continuer à leur souhaiter bon vent…

Get Perlonized at Concrete
Samedi 15 avril, à partir de 7 h du matin
Avec Zip, Sammy Dee, James Dean Brown et Cabanne
15 € en prévente, 20 € sur place
69, port de la Rapée – 75012 Paris

© Texte : Yvan Chenowith / Sr : Raphaël Bosse-Platière